Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 48 – Les failles psychologiques de la dissuasion des dégoûtants sur les dégoûtés et comment certains de ceux qui prétendent incarner la « bienveillance » ne font que servir des dégoûtants au profit d’égos.

Le sujet aborde à la fois la psychologie sociale, la morale politique et la question du pouvoir symbolique dans des contextes de crise et de dissuasion. On peut, juste, se demander pour quelles étranges raisons, ceux qui sont censés explorer le sujet de la tension entre des comportements prétendument « bienveillants » et des mécanismes d’égoïsme, de peur ou de domination qui se cachent derrière ne le font pas, par peur, aussi, peut-être ?

image448-1024x559 Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 48 – Les failles psychologiques de la dissuasion des dégoûtants sur les dégoûtés et comment certains de ceux qui prétendent incarner la "bienveillance" ne font que servir des dégoûtants au profit d'égos.

Les failles psychologiques de la dissuasion : entre dégoût et bienveillance intéressée

La dissuasion n’est pas qu’un concept militaire. Elle s’infiltre dans les comportements humains, dans les dynamiques sociales comme dans les rapports de pouvoir quotidiens. Elle repose sur une logique de peur réciproque : « si tu m’attaques, je te détruirai ». En cela, elle est profondément primitive, issue d’une pulsion de survie que l’évolution a affinée. Mais cette architecture mentale comporte des failles profondes — des zones d’ombre où nos émotions morales se retournent contre nous.

Le dégoût comme arme et bouclier

Le dégoût est une émotion puissante. Dans la psychologie évolutionniste, il naît pour nous protéger du danger — d’un aliment toxique, d’un cadavre, d’un comportement déviant — mais il glisse souvent vers le champ moral. Ce que nous jugeons « dégoûtant » moralement devient ce que nous devons exclure, neutraliser ou punir. Dans les crises collectives, comme celle de la Covid-19, on a vu combien cette émotion pouvait s’inverser : les « dégoûtants » sont parfois ceux qui pointent l’injustice, tandis que les « bienveillants » auto-proclamés, sûrs de leur supériorité morale, manient le dégoût pour stigmatiser, intimider, dissuader.
La dissuasion sociale — cet art de « créer dans l’esprit de l’autre la peur d’agir différemment » — repose ici sur une pure tactique psychologique : il ne s’agit plus de dissuader une attaque, mais une pensée dissidente. Et souvent, les facilitateurs de ce mécanisme ne sont pas les tyrans déclarés, mais les médiateurs bien intentionnés : ceux qui prêchent la bienveillance, mais qui, en réalité, protègent l’ordre établi par peur du désordre.

L’égo derrière la façade morale

La pandémie a exposé une vérité inconfortable : la moralité sociale est souvent un masque de l’égo. Nombreux furent ceux qui, au nom de la responsabilité ou de la vertu, ont avant tout cherché à nourrir leur propre estime — à apparaître « du bon côté ». La bienveillance devient alors performative : un instrument pour signaler la pureté morale plutôt qu’un engagement envers la complexité humaine.
Cette dynamique n’est pas nouvelle. Les psychologues sociaux comme Jonathan Haidt ont montré que nos jugements moraux sont d’abord des intuitions émotionnelles, que la raison vient ensuite justifier. Autrement dit : nous ressentons avant de penser. Ce ressenti, souvent dicté par le besoin d’appartenance ou la peur du rejet, nous rend vulnérables aux manipulations des « dégoûtants » — ces stratèges de l’émotion qui exploitent nos instincts de coopération et notre besoin de reconnaissance.

Le cerveau face à la destruction

Notre cerveau est un outil prodigieux, mais maladapté au monde technologique qu’il a lui-même bâti. Les circuits neuronaux qui gèrent la peur, la dominance ou la loyauté n’ont pas évolué dans un contexte de dissuasion nucléaire ou de manipulation numérique à grande échelle. Ils restent calibrés pour les conflits tribaux et les dangers immédiats. Face à la possibilité d’une autodestruction largement médiée — qu’il s’agisse d’une guerre, d’une pandémie, ou d’une guerre d’information — nous manquons de freins cognitifs efficaces.
Ce désalignement entre notre biologie et notre civilisation rend la dissuasion psychologique instable : elle fonctionne tant que l’adversaire est rationnel… mais aucun cerveau humain ne l’est complètement. La peur, la colère ou le ressentiment peuvent à tout moment court-circuiter le « raisonnable » pour restaurer une logique archaïque : dominer ou disparaître.

Vers une écologie morale de la dissuasion

Si la dissuasion stratégique vise à prévenir la guerre, une dissuasion psychologique mal comprise conduit à la guerre morale permanente. La véritable sagesse résiderait peut-être dans une « écologie morale » : apprendre à identifier nos propres mécanismes de dégoût, d’égo et de peur avant de les projeter sur autrui. Cela suppose une lucidité rare — une capacité à se méfier de sa propre bienveillance.
En revisitant la phrase du « docteur Folamour », on pourrait dire que la véritable dissuasion consiste désormais à créer, dans l’esprit de chacun, la peur de se laisser dévorer par son propre égo. Tant que cette peur-là ne sera pas intégrée, les « dégoûtants » continueront à gouverner les « dégoûtés » par le biais de leur propre bonne conscience.

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