Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 65 – Se libérer des GAFAM : mode d’emploi pour « gens normaux »

Les GAFAM, c’est un peu comme les supermarchés du numérique : pratiques, moches, omniprésents, et au bout d’un moment on réalise qu’on vit dans leurs rayons. Google sait tout, Microsoft s’invite au boulot, Apple garde votre vie dans un nuage hors de prix, Meta vend vos émotions au kilo et Amazon vous livre vos propres données emballées dans du carton. Pourtant, malgré le discours fataliste du type « on n’a pas le choix », il existe une multitude d’alternatives qui fonctionnent très bien, souvent faites par des gens qui préfèrent coder que surveiller votre vie privée.

Image-4935-1024x559 Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 65 – Se libérer des GAFAM : mode d’emploi pour « gens normaux »

1. Pourquoi vouloir s’en libérer

On ne va pas se mentir : si les GAFAM étaient juste super pratiques et gentils, personne ne se poserait de questions. Mais ce sont surtout :

  • Des usines à données personnelles, dont le modèle économique repose sur la collecte massive, le profilage et la publicité ciblée.
  • Des acteurs au pouvoir économique et politique délirant, capables de peser sur les lois via un lobbying intensif.
  • Des plateformes qui enferment les utilisateurs dans leurs écosystèmes fermés, en rendant le départ difficile (fichiers, contacts, habitudes, tout est accroché).

En résumé, on est passé du « c’est pratique » au « c’est obligatoire », puis au « c’est normal », et ça, c’est généralement le moment où il est temps de se réveiller un peu.

2. Mail, stockage, docs : le divorce numérique de base

Première étape pour se désintoxiquer : arrêter de tout confier à la même bande de multinationales.

  • Pour remplacer Gmail & cie : des services comme Proton Mail ou des hébergeurs indépendants (souvent locaux) permettent d’avoir un mail sans pub et sans flicage systématique.
  • Pour remplacer Google Drive, OneDrive & consorts : Nextcloud, proposé par des assos ou hébergeurs éthiques, permet de stocker ses fichiers, synchroniser son agenda et ses contacts, sans transformer votre vie en produit marketing.
  • Pour les documents collaboratifs : à la place des Google Docs, des suites libres comme OnlyOffice ou Collabora, souvent intégrées à Nextcloud, permettent d’écrire, partager et modifier des documents sans inviter Google dans la réunion.

Est-ce que c’est parfois un tout petit peu moins « magique » que Google ? Oui. Est-ce que ça vaut le coup de ne pas offrir sa vie privée pour un correcteur orthographique ? Très probablement.

3. Recherche, réseaux sociaux et vidéos : sortir du zoo

On peut aussi commencer à fermer quelques fenêtres sur la grande volière des GAFAM.

  • Moteur de recherche : au lieu de Google, on peut utiliser DuckDuckGo, Qwant ou Startpage, qui limitent la traque publicitaire et la personnalisation invasive des résultats.
  • Réseaux sociaux : à la place des grands parcs d’attraction de Meta, des alternatives décentralisées comme Mastodon, Pixelfed ou diaspora* permettent de retrouver un réseau social sans algorithme qui vous manipule pour augmenter le « temps de cerveau disponible ».
  • Vidéo : PeerTube propose une diffusion de vidéos en réseau fédéré, sans une seule énorme plateforme qui décide de la visibilité de chacun.

On ne vous promet pas que vous retrouverez immédiatement tous vos amis, mais vous pourriez découvrir qu’on peut exister socialement sans nourrir des milliardaires à chaque clic.

4. Outils du quotidien : chat, formulaires, sondages

Les GAFAM se sont aussi glissés partout dans notre travail : messagerie d’équipe, formulaires, sondages, partage de fichiers.

  • Pour remplacer Slack ou Teams : des solutions comme Mattermost, Matrix ou Rocket.Chat permettent de discuter en équipe sans offrir vos conversations à une grosse régie logicielle.
  • Pour remplacer Google Forms : Framaform, LimeSurvey ou d’autres solutions libres permettent de faire des questionnaires sans transformer les réponses en matières premières pour l’IA de demain.
  • Pour remplacer Google Docs / Sheets / Slides / Drive : l’écosystème Framasoft (Framacalc, Framadate, Framaslide, Framaboard…) propose un arsenal d’outils pour le travail collaboratif sans passer par la case « compte Google ».

Est-ce que tout cela demande un peu de curiosité et d’effort au début ? Oui. Mais c’est exactement ce qu’on nous a fait croire que nous n’avions plus : la capacité de choisir nos outils.

5. Comment s’y prendre sans devenir ermite numérique

L’idée n’est pas de brûler votre smartphone dans un champ en scandant des slogans anti-GAFAM (ça polluerait encore plus). L’objectif, c’est de reprendre progressivement du contrôle.

Quelques pistes très simples :

  • Commencer par un service : par exemple, d’abord le mail et le moteur de recherche, puis le stockage, puis la messagerie.
  • Soutenir les alternatives : beaucoup de services éthiques et libres vivent de dons ou d’abonnements modestes, plutôt que de publicité et de profilage massif.
  • Sensibiliser autour de soi : associations, collectifs, familles, écoles… plus il y a de monde sur les alternatives, plus elles deviennent solides et confortables à utiliser.

On ne sort pas totalement du système — une grosse partie d’Internet tourne sur Amazon Web Services ou autres infrastructures de géants — mais chaque service que vous déplacez réduit leur pouvoir sur votre quotidien. Et si assez de gens font ce choix, « l’hégémonie » des GAFAM devient un peu moins évidente, et un peu plus négociable.

En somme, se libérer des GAFAM, ce n’est pas rêver d’un monde parfait, c’est arrêter volontairement de cliquer sur « J’accepte » sans lire, et préférer nourrir des communs numériques plutôt que des oligopoles très bien portants.

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