Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 81 – Contrôle ou éducation ? Quand quelques politiques veulent nous apprendre à être sages… de force
Le choix de notre époque : “régler” l’humain
On nous présente ça comme un débat noble : contrôle vs éducation. D’un côté, la sécurité, la surveillance, le fichier discret ; de l’autre, la pédagogie, le dialogue, la raison. En réalité, on assiste surtout à un drôle de ballet : on parle de “mettre en place des dispositifs d’éducation”, mais on commence toujours par créer des administrateurs, des missions de contrôle, des listes d’honorabilité pour tout le monde.
La France, cette grande fan de la liberté, a pourtant trouvé un nouveau sport national : l’inspection de masse. On enquête sur le contrôle, on contrôle l’enquête, puis on propose des lois pour “éduquer” pendant qu’on consolide les bases du contrôle. La logique est simple : on ne risque pas de faire confiance à des gens qu’on ne surveille pas.

La proposition de loi : l’éducation à la sauce CCTV
Derrière le joli décor de “l’éducation à …” (l’alimentation, la citoyenneté, la défense, la non‑violence, etc.), on trouve souvent la même architecture :
- Des obligations de formation pour tout le monde,
- Des obligations de signalement pour tout le monde,
- Et surtout, des obligations de contrôle pour tout le monde.
Une proposition de loi comme celle de Paul Midy, ou encore d’autres projets autour de l’éducation à l’alimentation, transforme l’école en laboratoire de bonnes pratiques encadrées par l’État. L’idée est sympathique : on veut former des êtres humains conscients, raisonnables, responsables. Mais le ton est celui d’un grand frère tatillon : on ne vous demande pas seulement de vous former, on vous impose des contenus, des horaires, des modalités, et on vous regarde faire pour vérifier que vous ne dérogez pas.
Le contrôle discret : “pour votre bien, évidement”
On commence par dire : « Il faut mieux contrôler les établissements, pour protéger les élèves des violences ». Personne ne peut lutter contre cette phrase, qui sent bon la morale. On parle alors de renforcer le contrôle de l’honorabilité des personnels, des bénévoles, de l’enseignement privé, de tout le monde. On fixe des inspections régulières, des listes de règles à respecter, des obligations de signalement.
Mais le mot “contrôle” reste un peu sale, alors on le recouvre de “dialogue”, de “prévention”, de “sensibilisation”. On transforme l’école en un grand tableau de bord moral : chaque comportement, chaque parole, chaque aliment, chaque geste devient un indicateur à surveiller, à corriger, à “éduquer”. On ne veut pas seulement des élèves qui réussissent, on veut des élèves qui pensent bien, qui mangent bien, qui se protègent bien, et surtout… qui ne dérangent pas.
Les réactions critiques : “l’olive” de la liberté
Bien sûr, il y a ceux qui applaudissent : les partisans d’un État fort, d’un système éducatif nettoyé, d’enseignants enfin protégés. On leur répondra simplement : la protection ne se fait pas en multipliant les règles, mais en rétablissant la confiance.
Mais il y a aussi les réactions critiques, qui pointent du doigt :
- Une extension constante du contrôle sous prétexte de protection,
- Une éducation standardisée qui efface les différences, les cultures, les communautés au nom de l’“égalité”,
- Et surtout, la fusion progressive entre contrôle et éducation, où l’école devient un outil de gestion de la société plutôt qu’un espace de libération.
On voit arriver des critiques qui parlent d’“État‑nourricier” : celui qui décide de ce que vous mangez, de ce que vous croyez important, de ce que vous devez savoir sur la violence, sur la citoyenneté, sur la défense. On ne vous dit pas ce que vous devez faire, vous : on vous forme à le faire, mais avec l’État qui vous regarde faire.
Contrôler pour “ne plus avoir à éduquer”
Le drôle de paradoxe français, c’est qu’on veut à la fois tout contrôler et tout éduquer. On crée des lois pour que les professeurs ne se fassent pas agresser, que les élèves ne se blessent pas, que personne ne mange mal, ne pense mal, ne parle mal. On veut une école parfaite, sans risque, sans surprise, sans clash.
Mais en exigeant que tout soit contrôlé, on enlève aux écoles la marge de manœuvre pour inventer, adapter, improviser. On remplace l’imagination par des procédures, le jugement par des check‑lists. On finit par avoir une éducation qui se ressemble toujours, parce qu’elle est calibrée par des contrôles.
Et si l’État, au lieu de décider comment “éduquer” pour tout le monde, commençait simplement à laisser les familles, les enseignants, les jeunes discuter, essayer, échouer, rebondir ? Si le rôle de l’État n’était plus de “corriger” les comportements, mais de protéger les libre‑échanges, les différences, les débats ?
Vers une éducation sous cloche ?
On ne se bat plus autant pour savoir si l’école rend plus libre que l’ignorance. On se demande plutôt si l’école rend plus sage que le désordre. Le projet de loi dont tout le monde parle, c’est le symptôme d’un mal plus profond : la peur de l’humain, de la part d’ombre, de la part de violence, de la part de désir de liberté.
On va donc continuer à ajouter des cours d’éducation à, des formations obligatoires, des signalements automatiques, des contrôles périodiques. Tout ça, bien sûr, “pour votre bien”. On nous apprendra à être propres, courtois, vertueux, mais avec quelque chose de perdu en route : la liberté de se tromper, de se rebeller, de choisir un autre modèle que celui que l’État nous a soigneusement préparé.
Au final, la vraie question n’est pas : contrôle vs éducation.
C’est : qui décide ce qu’on doit savoir, et pourquoi tout le monde doit‑il être surveillé pour apprendre à être sage ? Et pour quelle raison, certains personnages qui se prétendent de « grands » démocrates plaident pour l’éducation populaire ?
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