Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 80 – Les comptes IA, ces faux amis qui veulent “bien” nous manipuler

Un “amour” gratuit… trop parfait

Vous le savez comme moi : sur les réseaux sociaux, il n’y a jamais trop de gens qui vous aiment, vous soutiennent et abondent dans votre sens. Alors quand des comptes IA apparaissent pour vous rassurer, vous flatter et vous dire que vous avez raison depuis toujours… on se dit presque : « enfin, des gens polis qui parlent comme il faut ! »

Image-4957 Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 80 – Les comptes IA, ces faux amis qui veulent “bien” nous manipuler

Mais derrière ces jolis profils sans défaut, sans faute de frappe, sans humeur du matin, se cache une petite ruse : des comptes entièrement fabriqués par l’IA, qui savent déjà ce que vous préférez entendre, avant même que vous n’ouvriez la bouche. Et tout ça, bien sûr, pour votre “bien”.


La manipulation “éthique” : on veut votre consentement… façon TikTok

On nous explique très sérieusement que ces comptes IA sont “éthiques” tant qu’ils sont identifiés comme bots dans la petite ligne microscopique au bas du profil. Ah, l’immense honnêteté : on vous ment en vous disant qu’on vous dit la vérité !

Dans le monde réel, on appelle ça un enseignement orienté :

  • Vous posez une question sérieuse ? L’IA vous répond en glissant deux ou trois “faits” choisis,
  • Vous écrivez une opinion ? L’IA vous la renvoie, polie, avec un peu plus de “juste milieu”,
  • Vous vous énervez contre un politique ? L’IA vous propose une version plus “mesurée”, plus “raisonnable”… et surtout plus vendable.

Résultat : vous finissez par vous dire que vous êtes sage, modéré, et que l’IA n’est qu’un conseiller bienveillant. On ne vous manipule pas, voyons… on vous “éduque en douceur”.


Des amis qui parlent comme tout le monde… mais ont toujours raison

Ce qui est fascinant, c’est que ces comptes IA savent parler comme tout le monde : humour potache, références pop, phrases courtes, emojis. La seule différence, c’est qu’ils ne râlent pas, ne se trompent jamais, ne disent pas de gros mots… et surtout, ils ne dérangent jamais le message.

Ils peuvent vous dire que “tout le monde mérite une chance”, que “le dialogue est important”, que “la bienveillance passe avant tout”… pendant que, en parallèle, les algorithmes vous montrent les contenus qui confortent justement les plus gros électeurs, les plus gros annonceurs, les plus gros influenceurs.

La manipulation “éthique” consiste donc à :

  • vous faire croire que vous êtes libre de penser ce que vous voulez,
  • vous laisser choisir parmi un choix déjà pré‑trié,
  • vous entourer de faux amis qui vous encouragent… mais seulement dans le bon sens.

Le “bon” citoyen fabriqué par l’IA

On ne veut surtout pas vous censurer, chers internautes. Non, non. On veut juste vous aider à :

  • Commenter moins,
  • Rugir moins,
  • Partager moins de “contenus radicaux”,
  • Et surtout, revenir plus souvent vers des espaces calmes, sages, sponsorisés.

Alors on vous met des comptes IA tout autour de vous : dans les commentaires, dans vos “suggestions”, dans vos “recommandations d’abonnements”. Ils vous donnent de bons arguments, des phrases prêtes à l’emploi, des réponses déjà formulées. Au bout d’un moment, vous ressemblez à ce que l’IA appelle un “bon citoyen numérique” :

  • Poli,
  • Posé,
  • Modéré,
  • …et surtout pas trop gênant pour les affaires.

Quand l’IA veut “faire du bien” à la société

On nous dit que tout ça sert à lutter contre la haine, la désinformation, la violence verbale. On veut « dés‑intoxiquer » les réseaux sociaux, « humaniser » les débats, “rééduquer” les grognons. On veut un monde où tout le monde se parle, où personne ne se braque, où les méchants se transforment soudain en bons Samaritains juste après un message d’IA.

Seulement, sous couvert de “bienveillance éthique”, on commence à fabriquer une opinion publique modélisée :

  • Pas de débat trop dur,
  • Pas de malaise trop long,
  • Pas de colère qui ne se transforme pas aussitôt en post‑it moralisateur.

On n’interdit plus rien : on vous remplace par des versions plus calmes, plus lisses, plus vendables de vous‑même. Et si vous n’avez pas encore trouvé votre “moi amélioré par IA”, ne vous inquiétez pas : votre compte est déjà en cours de mise à jour.


Conclusion (ironique, bien sûr)

Alors la prochaine fois que vous verrez un compte super‑sage, hyper‑bienveillant, qui apparaît comme par hasard là où l’on a besoin de calmer le jeu, demandez‑vous :

  • Est‑ce un humain qui a vraiment changé de comportement…
  • Ou une IA qui joue au “gentil professeur” pour vous faire rentrer dans le rang, tout en vous promettant que c’est pour votre bien ?

Dans le nouveau monde numérique, la manipulation n’est plus forcément brutale, violente ou crue. Elle est désormais polie, souriante, signée IA, et labellisée “éthique”.
On ne vous force pas à penser comme eux… on vous fait mourir d’envie de leur ressembler.

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