Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 82 – Tous coupables… donc personne
Ah, la responsabilité pénale individuelle… ce vieux concept poussiéreux où chacun répondait de ses actes. Une idée presque artisanale, comme le pain au levain ou le bon sens. Ah qu’il est bon et rassurant de se rappelez l’histoire : tout a évolué, non pas tout ! Nous sommes entrés dans une ère moderne, mais celle de la responsabilité pénale collective — autrement dit, la dilution parfaite est, toujours de mise.

Prenons un exemple simple. Un scandale éclate. Qui est responsable ? Mystère. Ce n’est jamais vraiment quelqu’un. C’est un « système », une « organisation », une « chaîne de décisions ». Traduction : tout le monde un peu… donc personne vraiment. Pratique, non ?
Autrefois, on cherchait un coupable. Aujourd’hui, on convoque une commission, on rédige un rapport de 300 pages, on parle de « dysfonctionnements ». Et hop, rideau. Enfin, pour le peu que l’on s’intéresse au sujet. La faute est abstraite, presque poétique. Elle flotte dans l’air comme une mauvaise odeur, mais sans jamais s’accrocher à quelqu’un.
C’est ça, la responsabilité de ceux qui prétendent l’incarner. Pourquoi accuser une personne quand on peut accuser une structure ? Pourquoi pointer du doigt quand on peut noyer le poisson ? À force, la responsabilité devient un sport collectif où chacun fait semblant de jouer… tout en espérant que le ballon n’arrive jamais jusqu’à lui.
Et puis soyons honnêtes : c’est confortable. Pour les dirigeants, pour les décideurs, pour tous ceux qui aiment le pouvoir mais un peu moins les conséquences. La responsabilité collective, c’est l’art de partager la faute jusqu’à la rendre invisible. Une sorte de blanchiment moral, en somme.
Mais attention, ne soyons pas naïfs. Cette dilution a un prix. À force de ne plus savoir qui est responsable, on finit par ne plus croire en la justice elle-même. Car une justice sans responsable, c’est comme un procès sans accusé : ça occupe, mais ça ne répare rien.
Alors, la responsabilité pénale individuelle se noie-t-elle dans la responsabilité collective ? Disons qu’elle ne se noie pas… elle est savamment dissoute. Comme un sucre dans le café : on sait qu’elle est là, mais impossible de la saisir.
Et pendant ce temps-là, tout le monde continue à siroter tranquillement.
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