Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 138 – La peur, cette usine à vertueux en carton-pâte
La peur, ce ciment de l’hypocrisie moderne
Il était une fois un monde où les gens avaient des convictions. Pas des convictions de supermarché, non : des idées qu’ils défendaient bec et ongles, et qu’ils mettaient en pratique. Aujourd’hui, place à l’ère du « J’ai peur, donc je jugerai » — une époque où la morale se mesure en likes, où l’éthique se compte en partages, et où l’engagement se limite à un filtre Instagram bien choisi.
🔥 La peur, cette alchimiste des consciences
Qu’il s’agisse d’une pandémie, d’une crise économique ou d’un simple changement de météo, la peur est devenue notre nouveau gourou. Et comme tout bon gourou, elle nous vend du rêve… ou plutôt, de l’illusion. « Il faut sauver la planète ! » clament ceux qui commandent leur burger en livraison avec trois couches d’emballage plastique. « La solidarité avant tout ! » scande la même personne qui refuse de céder sa place assise dans le métro à une femme enceinte, parce qu’elle a peur des microbes.
La peur, voyez-vous, est une usine à hypocrites. Elle nous donne l’illusion d’être du bon côté de l’Histoire sans avoir à en payer le prix. On peut hurler contre les inégalités tout en exploitant son stagiaire. On peut exiger la transparence absolue… tant que ça ne concerne pas nos petits secrets. La peur nous autorise à être des anges en ligne et des égoïstes dans la vraie vie.
📱 Les Réseaux Sociaux, temple de la vertu virtuelle
Ah, les réseaux sociaux ! Ce lieu magique où un like vaut une prière, où un partage équivaut à un acte héroïque, et où une story bien placé remplace avantageusement une action concrète. Ici, tout le monde est un héros. Tout le monde a des valeurs. Tout le monde se bat pour la justice… entre deux selfies et trois memes.
- « Je suis contre le gaspillage alimentaire ! » (posté depuis un restaurant où la moitié de l’assiette finira à la poubelle).
- « Il faut protéger les animaux ! » (alors que le chien du voisin crève de faim parce que personne n’a le temps).
- « La liberté d’expression est sacrée ! » (mais chut, ne critique pas ma religion/mon parti/mon influenceur préféré).
Le comble ? Ces mêmes personnes, qui passeraient leur vie à dénoncer les autres pour un oubli de tri sélectif, ferment les yeux quand il s’agit de leurs propres contradictions. Parce que la peur, ça excuse tout. « J’ai peur de mal faire, alors je fais semblant. »
🎭 Le grand spectacle de la morale à géométrie variable
Le plus beau dans cette histoire, c’est que personne ne s’en rend compte. Ou plutôt, si : tout le monde sait, mais personne n’avoue. Parce que reconnaître ses contradictions, c’est admettre qu’on est humain — et ça, c’est bien trop risqué. Mieux vaut jouer les saints sur Twitter et les lâches dans la vraie vie.
Prenez les écologistes du dimanche : ceux qui roulent en 4×4 électrique (fabriqué avec des minerais extraits par des enfants) mais qui hurlent contre les SUV thermiques. Ou les défenseurs de la liberté qui exigent la censure de tout ce qui ne leur plaît pas. La peur a ce pouvoir magique : elle transforme nos faiblesses en certitudes, et nos lâchetés en combats.
💡 Et si on arrêtait le cinéma ?
Alors, chers amis, la prochaine fois que vous verrez quelqu’un crier plus fort que les autres sur les réseaux, posez-vous la question : Est-ce qu’il agit, ou est-ce qu’il a juste peur ?
Parce qu’au fond, la vraie morale, ce n’est pas ce qu’on dit. C’est ce qu’on fait. Et aujourd’hui, on dirait que tout le monde préfère avoir l’air vertueux plutôt que de l’être vraiment.
Alors, on continue à jouer les héros en ligne… ou on passe aux actes ?
(Spoiler : la plupart continueront à scroller.)
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