Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 211 – Comment Grégoire le Grand a structuré la liste des péchés capitaux
Grégoire le Grand (pape de 590 à 604) n’a pas inventé l’idée de « racines du mal », mais il a réorganisé et simplifié une liste monastique antérieure pour en faire un outil de catéchèse et de direction spirituelle plus clair. [https://resterconnecte.com/philosophie-et-religion/religion/existe-t-il-7-ou-10-peches]
1. Le point de départ : la liste à huit d’Évagre et Cassien
Avant lui, les moines du désert (notamment Évagre le Pontique, IVᵉ siècle, repris par Jean Cassien au Vᵉ) identifiaient huit « pensées mauvaises » qui assiègent l’âme :
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Gourmandise
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Luxure
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Avarice
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Tristesse
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Colère
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Acédie (dépression spirituelle, dégoût des choses de Dieu)
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Vaine gloire
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Orgueil
Cette liste suit une logique ascendante : on part des appétits du corps (bouche, sexe) pour monter vers les vices du cœur et de l’esprit, jusqu’à l’orgueil, sommet de la révolte contre Dieu. [resterconnecte]
2. Ce que fait Grégoire le Grand
Vers 590–591, dans ses homélies et écrits moraux, Grégoire opère un réaménagement tactique de cette liste, avec deux mouvements principaux :
a) Fusion de vaines gloire et orgueil
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Il intègre la vaine gloire dans l’orgueil, qu’il place comme racine première de tous les autres vices.
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Pour lui, l’orgueil (superbia) est le péché « capital » au sens fort : c’est lui qui donne naissance aux autres et qui a causé la chute des anges. [artplastoc.blogspot]
b) Regroupement de tristesse et acédie
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Il fusionne la tristesse et l’acédie en une seule catégorie, souvent comprise ensuite comme paresse spirituelle (négligence des devoirs envers Dieu, dégoût de la prière et de l’effort spirituel).
Résultat : on passe de 8 à 7 vices principaux.
3. La nouvelle architecture de Grégoire
Grégoire présente les vices comme une armée de vices menaçant la « citadelle » de l’âme, avec :
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Chef suprême : l’Orgueil (Superbia)
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Sept « lieutenants » qui en découlent :
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Vaine gloire (absorbée ensuite dans l’orgueil même)
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Envie / médisance (Invidia)
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Colère (Ira)
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Tristesse–Acédie (Acedia) → paresse spirituelle
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Avarice (Avaritia)
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Gourmandise / gloutonnerie (Gula)
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Luxure (Luxuria)
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Dans certaines formulations, on retient donc :
Orgueil, Envie, Colère, Tristesse/Acédie, Avarice, Gourmandise, Luxure, avec l’idée que la vaine gloire est une branche de l’orgueil.
4. Pourquoi cette structure ?
Grégoire cherche à :
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Rationaliser la liste pour la rendre plus facile à enseigner et à utiliser en confession et en prédication.
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Mettre en avant une hiérarchie morale : l’orgueil comme source, les autres comme expressions dérivées.
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Donner un cadre pédagogique : identifier le vice « racine » chez une personne aide à comprendre toute une série de fautes concrètes.
Le chiffre 7 n’est pas neutre : il fait écho aux 7 dons de l’Esprit, aux 7 sacrements (dans la tradition ultérieure), et plus largement à la symbolique biblique de la plénitude (7 jours de la création, etc.).
5. Ce que cela change par rapport à la liste antique
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La liste d’Évagre/Cassien est très psychologique et progressive (du corps à l’esprit).
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Celle de Grégoire est plus doctrinale et pastorale : elle insiste sur l’orgueil comme origine et propose une grille plus compacte pour la direction des âmes.
En résumé : Grégoire le Grand structure la liste en faisant de l’orgueil la tête de tous les vices, en fusionnant certains termes proches (vaine gloire → orgueil ; tristesse + acédie → paresse spirituelle), et en organisant le tout comme une hiérarchie de vices dont l’orgueil est la racine et les autres les branches.
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