Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 218 – Les usines à vent du bien : quand l’humanitaire carbure à la réunionnite aiguë

Les usines à vent du bien

Entrez donc dans les locaux feutrés de ces célèbres fondations et associations « d’intérêt général ». Vous savez, ces officines autoproclamées défenseuses de la veuve et de l’orphelin, financées par la générosité publique et de confortables subventions. Ici, point d’odeur de cambouis ni de mains calleuses : ça sent le café équitable fraîchement moulu, le thé matcha et la moquette épaisse.

Si vous pensiez y trouver des gens affairés à charger des cartons de nourriture ou à régler des détresses concrètes, détrompez-vous. Vous êtes coincés au siècle dernier. Aujourd’hui, dans le noble secteur du « care », on ne résout pas les problèmes : on les conceptualise.

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À l’étage directionnel, la salle de réunion ne désemplit pas. Sur le tableau blanc, une constellation de post-it multicolores s’étale avec majesté. On n’y fait pas du brainstorming, non : on y pratique la branlette intellectuelle de haute volée. Huit technocrates du caritatif, payés au prix fort pour réfléchir à la place de ceux qui souffrent, débattent depuis deux heures pour savoir s’il faut « co-construire une synergie inclusive » ou « impacter le paradigme de la vulnérabilité ».

Pendant que sur le terrain, le bénévole de base se débat avec trois bouts de ficelle pour boucler sa maraude, l’état-major, lui, « s’accorde une pause réflexive ». Il faut dire que le programme est chargé : préparer le prochain séminaire au vert pour valider la « charte d’éco-responsabilité », tout en peaufinant la présentation PowerPoint de 80 diapositives qui prouvera aux financeurs à quel point la structure est indispensable.

Chaque problème réel se transforme instantanément en une montagne de jargon incompréhensible. Une famille à la rue ? « Analyse du parcours d’ancrage territorial ». Un manque de bras ? « Stratégie d’optimisation du capital bénévole ». Ça brasse du vent, ça s’écoute parler, ça s’auto-congratule autour d’un smoothie à la kale, et surtout, ça veille bien à ce que le problème ne soit jamais résolu — ce serait ballot de perdre son fonds de commerce et son budget de fonctionnement.

Le citoyen ordinaire, celui que l’on trimballe toute la semaine et donne son petit billet en pensant faire une bonne action, appréciera. Mais rassurez-vous : vos dons sont entre de bonnes mains. Elles ne sont juste pas tachées par le travail, mais soigneusement occupées à coller des post-it.

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