Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 222 – Le grand bal des tartuffes : la vertu en vitrine, le vice en magasin

Ah, quelle merveilleuse époque nous vivons ! Une époque où la bonté d’âme s’affiche sur les profils, où la compassion se mesure en clics et où la vertu s’exhibe avec la même ferveur qu’un trophée de kermesse.

Regardez-les, nos grands défenseurs du Bien avec un grand B. Qu’ils soient hommes ou femmes — car en matière d’hypocrisie, la parité est enfin une réalité parfaitement accomplie —, ils passent leurs journées à scruter le monde du haut de leur piédestal de pacotille. L’air grave, la main sur le cœur et le ton sacerdotal, ils s’indignent, s’insurgent, pleurent sur la misère humaine et analysent les dérives du monde avec des trémolos dans la voix.

« Comment l’humanité a-t-elle pu en arriver là ? » s’interrogent-ils, le sourcil froncé, devant un parterre d’admirateurs conquis. Ils s’érigent en remparts vivants contre l’injustice, toujours prêts à secourir la veuve, l’orphelin et la cause du moment, pourvu qu’il y ait du public pour applaudir.

Mais attendez que le rideau tombe. Observez-les une fois revenus dans la vraie vie, celle où les projecteurs sont éteints.

C’est là que la magie opère. Le redoutable défenseur de la morale collective se transforme soudainement en petit tyran du quotidien. La même personne qui rédige des tirades enflammées sur l’empathie le matin n’hésitera pas, l’après-midi venu, à écraser son voisin de bureau pour une place de parking, à trahir un proche sans l’ombre d’un remords ou à cautionner des actes qu’elle condamnait la veille avec pertes et fracas.

Les femmes n’ont d’ailleurs rien à envier aux hommes dans cet art subtil du double jeu : le sourire mielleux de façade dissimule parfois un cynisme tout aussi redoutable. L’essentiel n’est pas d’être juste, mais de le paraître. Pour le reste, les arrangements avec sa propre conscience se négocient en coulisses, loin des regards.

Ils soutiennent activement, par leurs actes, leurs silences complices ou leurs petits calculs personnels, exactement ce qu’ils prétendent combattre sur la place publique. Mais qu’importe la cohérence quand on a la posture ! La morale n’est plus une ligne de conduite, c’est un accessoire de mode. On la porte en sautoir le temps d’une démonstration de force médiatique, puis on la range au vestiaire dès qu’elle devient inconfortable pour nos petits intérêts personnels.

Au fond, ces professionnels de l’indignation ne cherchent pas à rendre le monde meilleur. Ils cherchent juste à s’acheter une conscience à bon compte, tout en continuant à profiter des privilèges de la petitesse. Une chose est sûre : si la tartuferie était une énergie renouvelable, nous n’aurions plus aucun souci de fin de mois.

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