Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 276 – Le sauveur du peuple réclame ses baskets : quand la révolution devient un avoir en boutique
Une opération de « sauvegarde du peuple » a tourné au drame. Un courageux voyou manipulateur, autoproclamé défenseur des opprimés, s’est présenté dans une boutique pour demander l’échange d’une paire de baskets « récupérée » lors d’une action nocturne.
Motif officiel : elles étaient trop petites.
« J’ai pourtant respecté toute la procédure révolutionnaire ! », aurait expliqué le héros, les larmes aux yeux. « D’abord, on désigne un coupable. Ensuite, on le disqualifie publiquement. Puis on récupère ce qui peut servir la Cause. Enfin, on essaye les chaussures dans un endroit discret, parce que la révolution, ça ne se fait pas en tongues. »
Mais impossible de courir avec. Et courir, pour un homme qui se dit du peuple, reste une compétence stratégique : il faut pouvoir fuir les responsabilités, esquiver les questions et rejoindre rapidement le plateau de télévision.
Une paire en 44, pour la dignité du peuple
Le sauveur aurait alors exigé une paire en taille 44, de préférence noire.
« Le blanc, ça se salit trop vite quand les forces de l’ordre court après les lycéens, les chômeurs, les retraités et tous ceux qui osent avoir une opinion différente », aurait-il précisé, avant d’ajouter que la révolution exigeait aussi une veste imperméable, un téléphone dernier cri et un abonnement premium.
Car le bien commun, cela se sait désormais, commence toujours par un bon équipement personnel.
La situation aurait dégénéré lorsque la vendeuse, inconsciente des enjeux historiques, aurait demandé un ticket de caisse.
« MON TICKET DE CAISSE ?! VOUS SAVEZ À QUI VOUS PARLEZ, MADAME ?! »
Le voyou aurait sorti un procès-verbal de saisie symbolique et révolutionnaire, réclamé des renforts déguisés en étudiants, puis accusé la boutique de « violence institutionnelle » pour avoir osé appliquer les mêmes règles à tout le monde.
Les baskets avaient un comportement suspect
Le ministère auto-proclamé de la Vérité Révolutionnaire confirme que les baskets interpellées par de courageux et braves woke lobotomisés présentaient un comportement profondément suspect et anti-révolutionnaire.
Surtout celle de droite, qui aurait refusé d’obtempérer lors de son interpellation et opposé une résistance passive-agressive en ne faisant absolument rien.
Une enquête interne a immédiatement été ouverte afin de déterminer si les chaussures n’avaient pas volontairement tenté de séduire le héros du peuple. Car dans l’univers du manipulateur, toute critique devient une agression, toute question une trahison, et tout refus d’obéir aux injonctions de ceux qui « sachent » une preuve de fascisme.
« Ça s’habille comme une p*te et ça vient se plaindre après ! », aurait lâché l’intéressé, par pure habitude rhétorique.
Six jours d’ITT pour une ampoule
Aux dernières nouvelles, le grand défenseur des exploités aurait finalement obtenu :
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un avoir de 129 euros ;
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une carte de fidélité ;
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une interview bienveillante ;
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six jours d’ITT pour une ampoule au petit orteil ;
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et le statut de victime officielle du système.
Les chaînes d’information auraient immédiatement ajouté ce drame au bilan des « 200 millions de blessés graves » parmi les combattants du Bien. Les vraies victimes, elles, devront patienter : leur dossier a été classé faute de retombées médiatiques.
Car le voyou manipulateur ne combat pas pour le peuple. Il combat pour être admiré par le peuple, financé par le peuple, protégé par le peuple — et, si possible, dédommagé par le peuple.
La révolution, elle, attendra. Elle a déjà pris rendez-vous en taille 44.
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