Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 280 – Bienveillance 2.0 : je partage ta haine, mais avec un emoji cœur

« J’ai encore merdé. J’en ai mis partout », aurait déclaré, la gorge nouée, une cuve à pisse de première importance, après un week-end particulièrement mouvementé dans les toilettes publiques de la République.

Mais cette fois, la cuve n’était pas seule. Elle avait été relayée par trois cents comptes de « bienveillants », deux associations virtuelles de lutte contre la haine et un influenceur spécialisé dans les publications commençant par « Petit rappel d’humanité : ».

Il y à des jours où les dispositifs sanitaires perdraient complètement le contrôle d’une situation. Des centaines de jets incontrôlés, plusieurs débordements, trois lavabos souillés et un homme retrouvé en train de chier dans un casque de CRS. Partout, la même scène : des internautes impeccables, armés de filtres pastel et de citations de Nelson Mandela, partageant à pleine vitesse des captures d’écran floues, des montages douteux et des appels à la haine soigneusement assaisonnés d’un « c’est juste mon ressenti ».

« Je prends l’entière responsabilité de ce qui s’est passé. Nous avons sous-estimé l’ampleur des besoins. Il y avait beaucoup plus de monde que prévu et personne n’avait anticipé autant de merde ». Voilà des mots que l’on entend jamais des cuves, même au fond du trou.

Car le mécanisme est rodé. Un manipulateur égocentrique, en manque cruel de câlinothérapie, publie une affirmation outrancière. Il ne cherche pas la vérité : il cherche l’engagement. Et il sait parfaitement que certains défenseurs autoproclamés des valeurs morales vérifieront moins vite qu’ils ne s’indignent.

Le post est odieux ? Parfait. Il est faux ? Mieux encore. Il vise le bon camp ? Alors il devient une « information à faire circuler massivement ». On ajoute un cœur, trois points d’exclamation, un drapeau et la mention : « Je ne cautionne pas la violence, mais… ». Traduction : je la cautionne un peu, mais avec de bonnes intentions.

« C’est hors de question ! On ne change pas de cuve en pleine diarrhée nationale ! », auraient hurlés des Madames-pipi, responsables suprêmes des sanitaires, avant de partager elles-même les vidéos à l’origine de la cacatastrophe, en précisant : « À voir avant censure. »

Selon la direction de la propagande, les maintiens en fonction de plusieurs cuves à pisse seraient indispensables pour garantir la continuité de l’écoulement des affaires courantes et des grosses commissions. Même si, pour l’instant, tout semble partir en couille. Les modérateurs, eux, ont promis d’examiner la situation « avec bienveillance », c’est-à-dire après avoir liké, commenté, partagé et accusé tous ceux qui demandaient une source.

Un plan d’urgence aurait toutefois été annoncé : installation de caméras pour identifier les individus qui secouent leur bite plus de trois fois. Une mesure ferme, moderne et parfaitement inutile, puisque les principaux responsables continueront de poster depuis leur canapé, entre deux leçons de tolérance et un repost de rumeur infâme.

Interrogée sur la vétusté des installations, l’absence de papier toilette et le manque chronique de personnel, les Madames-pipi ont préférés dénoncer, comme à leurs habitudes, sans fournir la moindre piste d’un début de solution (le wokisme, dans toutes sa splendeurs avant qu’il n’incarne un quelconque pouvoir). Quoi qu’il en soit, on soupçonnerait quelque woke d’avoir volontairement bouché les canalisations avec des tracts LFI. Puis elles ont ajoutées, dans un élan de haute moralité : « Ceux qui demandent des preuves protègent forcément les coupables. »

Moralité : même quand la République déborde de merde, certains préfèrent relayer la flaque plutôt que tirer la chasse. Tant que la haine vient du bon côté, elle n’est pas de la haine : c’est de la vigilance citoyenne, de la colère légitime, voire un acte de résistance numérique.

Share this content: