Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 281 – Ils dénoncent les mensonges… avec des montages qui, eux aussi, ne s’en privent pas

Cette image n’est pas fiable, mais qui s’en soucie ? Elle mélange des condamnations réelles, une date erronée, des accusations que je vous souhaite bien du plaisir pour corroborer et une affirmation manifestement fausse concernant François Bayrou. Celui-ci a été relaxé en première instance en 2024 dans l’affaire des assistants européens du MoDem, et non condamné en 2017 pour des emplois fictifs de son épouse et de ses enfants.lemonde

Pour autant, combien serez-vous à publier ce montage comme un récapitulatif factuel ?

Vérification des dix légendes

« Non corroboré » signifie que des recherches n’ont pas permis de retrouver une source fiable établissant la condamnation annoncée. Ce n’est pas la preuve qu’une personne n’a jamais eu de démêlés judiciaires : mais c’est une raison de ne pas diffuser une accusation tel quelle.

Personne Ce qu’affirme le montage Résultat de la vérification
Nathalie Arthaud Condamnée en 2013 à 500 € pour participation à une manifestation non déclarée. Non corroboré. Vous avez retrouvez une source fiable confirmant cette condamnation ? FELICITATION ! VOUS POUVEZ, MAINTENANT, REVENDIQUER LE TITRE DE GRAND MAITRE ES-MANIPULATION. La formulation est aussi suspecte : le seul fait de participer à une manifestation non déclarée ne constitue pas, en lui-même, une infraction, contrairement à certaines responsabilités d’organisation.

  • Droit reconnu par le Conseil constitutionnel : la décision n° 2019-780 DC du 4 avril 2019 fonde bien le « droit d’expression collective des idées et des opinions » sur l’article 11 de la DDHC de 1789, et a bien censuré l’article 3 de la loi « anti-casseurs » (interdictions administratives individuelles de manifester).
  • Déclaration préalable obligatoire (3 jours francs minimum, 15 jours francs maximum, art. L211-1 et s. du code de la sécurité intérieure) et interdiction possible seulement en cas de trouble grave à l’ordre public : conformes au droit en vigueur.
  • Sanctions exactes : 6 mois / 7 500 € pour l’organisation d’une manifestation non déclarée (art. 431-9 du code pénal), 1 an / 15 000 € pour la dissimulation volontaire du visage (art. 431-9-1, confirmé par la décision du Conseil constitutionnel précitée).
  • Jurisprudences exactes : Cass. crim., 14 juin 2022 (participation à une manifestation non déclarée non punissable), CE, 15 janvier 2021, n° 441265 (pas de régime d’autorisation par décret), CEDH Barraco c/ France (2009) sur les opérations « escargot », CE 1997 et 2003 sur le contrôle de proportionnalité des interdictions.

Deux nuances mineures, sans incidence sur la fiabilité générale :

  • La décision de 2019 ne dit pas mot pour mot « liberté de manifestation » comme un droit autonome ; le Conseil constitutionnel parle du « droit d’expression collective des idées et des opinions », dont la manifestation est une modalité — l’article le formule d’ailleurs correctement.
  • La décision qualifie ce droit de « liberté fondamentale reconnue par les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République » plutôt que « protégé constitutionnellement » au sens d’une disposition expresse — même chose en pratique.
Jean-Luc Mélenchon Condamné en 2018 à trois mois avec sursis pour rébellion et provocation à la violence. Condamnation réelle, mais mauvaise date et qualification imprécise. Il a été condamné le 9 décembre 2019 à trois mois avec sursis et 8 000 € d’amende pour « rébellion, provocation directe à la rébellion et intimidation envers des magistrats et des dépositaires de l’autorité publique ». Les faits remontent à octobre 2018. lemonde
François Bayrou Condamné en 2017 à six mois avec sursis pour emploi fictif de son épouse et de ses enfants. Faux. Cette présentation ne correspond pas à son dossier. Il a été relaxé le 5 février 2024 dans l’affaire des assistants parlementaires européens du MoDem. Le parquet a fait appel ; la décision d’appel est annoncée pour le 17 décembre 2026. Il ne faut pas transformer cette procédure en condamnation. lemonde
Nicolas Sarkozy Condamné en 2021 à trois ans de prison, dont un ferme, pour corruption et trafic d’influence. Exact pour le jugement de première instance du 1er mars 2021 dans l’affaire des écoutes, dite « Bismuth ». La condamnation a été confirmée en appel en 2023 et est devenue définitive après le rejet du pourvoi en décembre 2024. ParisNormandie
Marine Le Pen Condamnée en 2025 à cinq ans d’inéligibilité avec effet immédiat pour détournement de fonds publics. Exact pour la première instance du 31 mars 2025, mais dépassé comme présentation de sa situation actuelle. En appel, le 7 juillet 2026, elle a été condamnée à trois ans de prison, dont un ferme, 100 000 € d’amende et 45 mois d’inéligibilité, dont 30 avec sursis.

– http://www.conseil-etat.fr/actualites/execution-provisoire-d-une-peine-d-ineligibilite-le-conseil-d-etat-confirme-la-demission-d-office-de-mme-marine-le-pen-de-son-mandat-de-conseille

– https://www.ouest-france.fr/politique/rassemblement-national/assistants-parlementaires-deurodeputes-rn-les-condamnations-prononcees-par-la-cour-dappel-de-paris-2e749964-7952-11f1-acd0-0e20d5055cca

Alain Krivine Condamné en 2003 pour violences lors d’une manifestation. Non corroboré. Vous avez retrouvez une source fiable confirmant cette condamnation ? FÉLICITATION ! VOUS POUVEZ, MAINTENANT, REVENDIQUER LE TITRE DE GRAND MAÎTRE ES-MANIPULATION. Il n’y a pas de source fiable établissant cette condamnation en 2003. Les archives concernant son arrestation en 1973 ne permettent évidemment pas de valider cette affirmation. lemonde
Jacques Cheminade Condamné en 2016 pour fraude fiscale. Non corroboré. Les sources retrouvées évoquent notamment un contentieux de remboursement d’avance électorale, qui n’est pas une condamnation pour fraude fiscale. Certaines biographies parlent de la condamnation pour fraude fiscale de Lyndon LaRouche, son modèle politique : il ne faut pas l’attribuer à Cheminade.

– https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CRP/conclusion/2014-12-30/369102?download_pdfhttps://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CRP/conclusion/2014-12-30/369102?download_pdf

Manuel Valls Condamné en 2017 à un an avec sursis pour favoritisme dans « l’affaire Samsung ». Non corroboré. Vous avez retrouvez une source fiable confirmant cette condamnation ? FÉLICITATION ! VOUS POUVEZ, MAINTENANT, REVENDIQUER LE TITRE DE GRAND MAÎTRE ES-MANIPULATION. Cette légende ne doit pas être reprise comme un fait.
Gérard Longuet Condamné en 2011 à un an avec sursis pour prise illégale d’intérêts. Non corroboré, avec une confusion probable entre plainte et condamnation. Une plainte pour prise illégale d’intérêts liée à une activité de conseil auprès de GDF Suez est bien mentionnée en 2011 ; cela n’établit pas la peine annoncée.

– https://www.nouvelobs.com/politique/20110531.OBS4227/gerard-longuet-un-homme-que-la-justice-connait-bien.htmlhttps://www.nouvelobs.com/politique/20110531.OBS4227/gerard-longuet-un-homme-que-la-justice-connait-bien.html

Louis Aliot Condamné en 2015 pour provocation à la haine raciale. Non corroboré. Un article de 2015 évoque un candidat du FN devant comparaître pour ce motif, dans un sujet où intervient Louis Aliot : cela ne signifie pas qu’Aliot était lui-même le prévenu ou le condamné. lepoint

Deux autres problèmes dans le montage

Les étiquettes « ultragauche », « gauche », « centre », « droite » et « ultradroite » sont ici des choix éditoriaux du montage, pas des qualifications judiciaires.

Surtout, le slogan « qui leur a donné l’exemple ? » suggère un lien de causalité que les condamnations citées ne démontrent pas. On peut dénoncer un défaut d’exemplarité sans prétendre avoir établi l’origine des violences commises par d’autres.

Ils dénoncent les mensonges… avec un montage qui ne s’en prive pas

🎭 Magnifique ! Quelques zigotos « bienveillants » voulaient dénoncer le manque d’exemplarité des puissants. Ils ont, finalement, produit un tribunal sur image : dix portraits, des bandeaux rouges et des condamnations distribuées comme des prospectus.

La justice prend des années ? Le montage, lui, règle tout en trois secondes. Une photo sévère, une peine bien tassée, et voilà le verdict prêt à partager.

Le problème, c’est qu’entre les dates erronées, les accusations introuvables et les procédures transformées en condamnations, la vérité semble avoir été dispensée de comparaître. François Bayrou, par exemple, a été relaxé en première instance en 2024 dans l’affaire du MoDem. Le montage lui invente une condamnation en 2017 pour des emplois fictifs familiaux. Une broutille, sans doute, quand on travaille au service de la grande vérité supérieure pour satisfaire son égo.

Et c’est précisément ce qui rend ce genre d’image désolant : il existe des condamnations parfaitement documentées. Pas besoin d’en fabriquer pour réclamer de l’exemplarité. Celle de Nicolas Sarkozy dans l’affaire des écoutes est devenue définitive en décembre 2024. Celle de Jean-Luc Mélenchon pour les incidents de la perquisition date de décembre 2019, pas de 2018. Les faits suffisent ; inutile de leur ajouter un atelier de bricolage.

Mais vérifier, quelle corvée ! Alors que s’indigner permet de se sentir courageux sans quitter son canapé.

« Ça confirme ce que je pense ? Je partage. »
« Quelqu’un demande une source ? Il protège les puissants. »
« On découvre une erreur ? Vous chipotez, le fond reste vrai. »

Pratique. Avec cette méthode, n’importe quelle intox devient une vérité militante dès qu’elle porte le bon maillot.

Pendant ce temps, les victimes réelles peuvent attendre. Leur histoire sert de décoration au grand concours des consciences impeccables. On ne leur rend pas justice : on se fabrique une belle image à leurs frais.

Et derrière les responsables effectivement condamnés, il reste cette question légitime : qui a fermé les yeux, couvert les pratiques ou préféré préserver ses relations ? Mais cette question mérite des preuves, pas une distribution automatique de culpabilité.

Une vitrine cassée ne devient pas acceptable parce qu’un élu a fauté. Un détournement de fonds ne devient pas respectable parce qu’il se commet en costume. Et une fausse accusation ne devient pas honnête parce qu’elle vise quelqu’un qu’on déteste.

👉 Exigeons des comptes aux puissants. Mais ne leur offrons pas, en prime, des mensonges faciles à démonter pour esquiver les vraies questions.

La morale à géométrie variable, c’est déjà pénible. Avec des faits inventés, c’est juste du mépris déguisé en indignation.

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