Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 284 – Trappes : Macron coupable d’avoir été président au mauvais endroit, au mauvais moment
Il fallait s’y attendre. À peine les faits de Trappes et de La Verrière étaient-ils connus — un homme tué, cinq personnes blessées, dont une enfant de douze ans, et une enquête ouverte par le parquet national antiterroriste — que les grands enquêteurs du canapé ont sorti leur conclusion définitive : c’est la faute à Macron.
Évidemment. Pourquoi s’embêter avec les faits, les interpellations, les expertises psychiatriques ou les enquêteurs de la SDAT, de la DGSI et de la police judiciaire, quand on peut désigner le président de la République comme auteur, complice, commanditaire et responsable logistique de tous les drames du pays ? lemonde
Macron devrait donc, selon cette logique imparable, patrouiller lui-même dans les rues de Trappes, arrêter les tireurs à mains nues, lire les dossiers judiciaires entre deux Conseils des ministres et deviner les pensées criminelles des individus avant même qu’ils passent à l’acte. Pendant qu’il y est, qu’il répare aussi les nids-de-poule, remonte le niveau des rivières et négocie directement avec la météo.
Car c’est bien cela, le nouveau sport national : dès qu’un drame survient, on ne demande plus « qui a fait quoi ? », mais « comment rendre Macron responsable ? ». Le tireur présumé a été interpellé, une enquête antiterroriste a été ouverte, les qualifications pénales sont examinées par la justice — mais certains préfèrent déjà leur verdict, prononcé depuis un clavier et accompagné d’un emoji colère.
Les « fins limiers » des réseaux sociaux ont donc repris du service. Ceux qui savent tout avant les procureurs, qui ont des sources mystérieuses, des captures d’écran floues et une certitude absolue. Certains se revendiquent même journalistes, ce qui est pratique : cela permet de publier une rumeur à 8 heures, de la corriger à 18 heures, puis de reprocher aux médias de ne pas avoir assez parlé de la rumeur.
On peut critiquer Macron. On peut même le critiquer vigoureusement : ses déclarations, ses hésitations, ses choix politiques, sa communication. C’est la démocratie. Mais faire de chaque fait divers une charge personnelle contre le président, c’est une autre affaire. Cela revient à croire que, avant 2017, la France était un long fleuve tranquille où aucun crime, aucune bêtise humaine et aucune tragédie ne survenaient jamais.
À ce compte-là, Trump est-il responsable de chaque tuerie de masse aux États-Unis ? Biden l’était-il avant lui ? Obama était-il coupable des drames survenus sous son mandat ? Si la réponse est non, alors il faudra peut-être admettre qu’un chef de l’État n’est pas un super-héros capable d’effacer la violence humaine par décret.
Cela ne veut pas dire que les responsables politiques n’ont aucune responsabilité. Ils en ont, sur les politiques publiques, la prévention, la sécurité, le discours public et les moyens donnés aux institutions. Mais il y a une différence entre discuter de ces responsabilités et transformer chaque drame en procès expéditif contre une seule personne.
À Trappes, comme ailleurs, une personne est morte et d’autres ont été blessées. La première dignité due aux victimes, ce n’est pas un hashtag, ni un procès politique improvisé : c’est la vérité, une enquête sérieuse et une justice qui fait son travail.
Quant à ceux qui voient Macron derrière chaque malheur, une question simple : s’il est responsable de tout, quand commencera-t-il à encaisser le salaire correspondant ?
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