Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 37 – Soyez Wokes ! (Titre Peut-Être Clic-Bait)
Est-ce que mon titre n’est qu’un clicbait ? Vous ne le saurez qu’en lisant jusqu’à la fin.
Voilà quelques temps, déjà, que des mouvements wokes infiltrent des organisations, les décisions sans bases solides de celles-ci sont là pour le prouver, les courbettes de soumissions de quelques individus qui n’hésite pas à jouer avec la vie des autres, aussi d’ailleurs. Suite aux décisions massive de ces chiourmes de gourous machiavéliques et manipulateurs, nous pouvons réagir ou pratiquer la politique de l’autruche. En tout cas les wokes de ce qui semble être une opposition s’organisent à travers divers mouvements.

Contexte (attention ce n’est pas une argumentation)
L’enjeu est critique. Au-delà du fait que de nombreux véritables engagés dans une cause ont perdu un statut reconnus pour faire place à une ribambelle de ouins-ouins braillards. Les wokes responsables, aujourd’hui, au pouvoir dans différentes institutions ne ciblent pas n’importe quelles thèmes. Ils ciblent les recherches en santé publique (suivi des épidémies, prévention, contrôle des épidémies), les recherches qui concernent les minorités (les mots femme, race, gay, etc sont interdits), les recherches sur l’environnement et le climat, etc. En bref, il cible les recherches qui sont au service d’idéaux de mieux être, de protection de la planète, des personnes, et de justice sociale. On n’a pas listé les mots-clefs qui ne sont pas censurés, maison ne voit pas « armement », « pétrole », ou « industrie » dans les listes, par exemple.
On voit que les attaques des cokes envers tous sont profondément orientées politiquement : elles sont réactionnaires et pro-communistes. Ce qui n’étonne personne étant donné que beaucoup qui se revendiques de cette mouvance, sont, d’abord des personnages sans morales. Leurs engagements politiques sont alignés avec leurs intérêts situés. S’ils gagnent des postes, ce n’est que grâce à des stratégies politiques populistes qui utilisent les minorités les plus marginalisées (étrangers, personnes trans, etc.) comme figures repoussoir pour appeler à une lutte contre le capitalisme et discréditer une gauche démocrate en incitant quelques mougeons à voter contre elle. A noter que, les démocrates sont également populistes, sauf que ça va se traduire différemment : ils vont juste dire que ce n’est pas vrai, qu’ils ne sont pas extrêmes ! Ce qui s’est, sans doute, se remarque, particulièrement, lorsqu’ il ne convient pas de prendre la défense de l’indéfendable. Il faut, certes, trouver le juste équilibre, mais le juste équilibre est-ce que ça peut-être eux ? Les wokes prétendent défendre réellement les minorités en question au-delà de la charité ou la tolérance (charité : « il faut accueillir notre part d’étrangers en plus c’est pas si mal les travailleurs immigrés qui acceptent les emplois que personne ne veut faire sans coercition parce que trop risqués avec des salaires minables, c’est utile quand même », tolérance : « ok les trans ils sont bizarres mais les tuer ça va un peu trop loin quand même, en plus ils sont utiles aussi regardez il y en a plein dans l’armée comme ils trouvent du boulot nulle part sauf là… On en a besoin pour nos politiques militaires, – euh – pour sauver les pays en guerre »… Oui bon, je caricature un peu… à moins que ce ne soit de la paraphrase, je vous laisse jauger).
Ce que n’est pas une argumentation (ce n’est, toujours, pas une argumentation)
Le contexte étant posé. Mon argument n’est pas : « ce’ nest pas parce que de machiavéliques manipulateurs gourous sont wokes que vous devons être anti-wokes ». Enfin, disons que c’est plus compliqué que ça. Si l’argument c’était ça, il ne serait pas très convaincant.
Déjà certains d’entre vous se disent, sans doute, « que le wokisme est extrême et qu’il faut un juste milieu car il y a de vrais problèmes avec le wokisme ». Ou bien vous vous dites : « le wokisme, c’est un problème chez certains militants radicaux, éventuellement dans la sphère politique, mais pas dans les universités (c’est, pourtant dans ses enceintes que le mouvement est né), où les gens sont sérieux ». Du coup si vous vous dites ce genre de trucs, vous ne vous dites pas « allez on va prendre le contrepied ces wokistes juste pour le principe et être woke aussi », non ça ne marche pas comme ça, évidemment.
Je passe par là parce que, finalement, ce qu’on voit avec le paragraphe ci-dessus, c’est que tout le monde n’a pas la même définition du wokisme. Et pour cause : le phénomène semble nouveau et le concept flou pour beaucoup (ce qui fait sa force, d’ailleurs, dans des discours réactionnaires). C’est ce qui permet aux wokes de tenir des discours réactionnaires sur tout, sans que même une partie de ceux qui se prétendent de gauche ne réagissent, puisque pour eux la définition même du mot est bien plus restreinte. Par exemple, un réactionnaire woke réagira a une simple remarque : « le wokisme, c’est un danger ! Cela entérine un relativisme délétère pour notre société. » alors que des faits, réellement, scandaleux se déroulent sous leurs yeux et avec leur complicité active sans qu’ils n’y trouvent à redire car s’ils revendiquent leurs idées avec autant de légitimité, c’est, uniquement, avec ce qui colle avec leurs discours, sans faire preuve de la moindre empathie avec d’autres catégories d’individus qui, eux aussi, peuvent vouloir défendre une opinion. Mais comment peut-on le faire si d’autres ne font qu’ hystériser un débat par essence rationnel. Il y a des gens qui ont toujours les mêmes représentations envers leurs opposants que les opposants à la généralisation du vote avaient envers les suffragettes ou les antiségrégationnistes : un présupposé d’irrationalité. Il faut rappeler qu’il existe, parmi ceux qui revête l’étiquette woke des personnes qui sont favorables à l’abolition du vote des femmes et des racisés. Le woke entendra dans la phrase « le wokisme est un danger car il entérine un relativisme délétère pour notre société » que ce qui est scandaleux en comprenant que le wokisme ne fait qu’avancer des opinions indéfendables avec un relativisme mal placé et avec l’idée que « tout se vaut et que l’on ne peut rien trancher ». Bref ce qui choque le woke, c’est la remise en question d’une certaine forme d’universalisme lui convenant. Donc le woke peu politisé, peu formé à la manière dont les définitions floues servent un certain confusionnisme, laissera couler. Laissera ce discours être tenu, sans vraiment réagir.
Les moments où le décalage des définitions est visible émerge cependant ponctuellement, comme lorsque JM Aphatie est qualifié, dans le journal « Le Figaro Magasine » comme « évangéliste du wokisme » pour avoir juste rappelé que la France a tué des milliers de civils algériens lors de la révolution Algérienne (il a parlé métaphoriquement d’ « Oradour sur Glane » au pluriel commis par la France en Algérie). Le massacre de ces Algériens est un fait historiquement établi. Défendre la perspective minorisée des Algériens, aussi établie qu’elle soit, ce serait donc woke.
C’est quoi en fait le wokisme, alors ? C’est une argumentation.
Le mot « woke » (éveillé en anglais) à émergé au 19e siècle dans l’amérique ségrégationniste (post esclavage), pour décrire, initiallement, l’expérience que les noirs-américains avaient du racisme. Le concept était donc ancré dans leurs conditions matérielles d’existence et était l’expression d’un impératif pratique de vigilance face aux dangers concrets que présentait l’Amérique ségrégationniste pour un-e noir-e américain-e. L’usage s’est dilué alors qu’il était capté par de machiavéliques manipulateurs en quêtent de câlinothérapie vers des luttes progressistes (féminisme, anti-racisme, etc), et redéfini comme le fait d’être « attentif et éveillé aux oppressions pour remettre l’organisation sociale en question », perdant tout ancrage dans son matérialisme initial. C’est devenu visible en particulier à partir de Black Lives Matters par un usage « d’alliés » de cette lutte. Plus récemment, ce sont des réactionnaires qui mettent la main sur la définition du mot, qui prend une connotation péjorative, pour le retourner contre des luttes progressistes et les discréditer.
Je trouve, particulièrement, intéressant le descriptif du livre suivant : « Face à l’obscurantisme woke – les sciences face au monde woke ». Notons que le 3e auteur, Pierre Vermeren, est lui-même spécialiste de l’histoire de l’Algérie contemporaine. Ça tombe bien, c’est l’occasion de voir s’il dénonce la prise de position de JM Aphatie comme ne correspondant pas à ce qu’il participe à définir comme woke (donc s’il dénonce un « abus » du Figaro Magasine dans ses choix de mots). J’ai donc cherché, et je n’ai pas été déçu. Le premier lien sur lequel je suis tombé correspond à une interview qu’il donne dans un média français d’extrême droite royaliste : Je suis français (là). Il y explique qu’on ne peut pas comparer ce que la France a fait en Algérie au nazisme, mais ne remet à aucun moment en question l’utilisation du mot « woke » par le Figaro.
On prendra note de ses préoccupations et standards : il dénonce la « comparaison au nazisme » comme étant « un effet de blaste qui annihile toute pensée » mais pas les utilisations massives du mot « woke » dans ce même objectif. Car on peut également considérer que l’utilisation du mot woke par le Figaro participe de ce genre de dynamique, évidemment. Bref, Monsieur Vermeren tient un discours qu’il présente comme scientifique mais qui est politiquement situé, et situé par son auto-association de fait avec les extrêmes (publier dans un tel média n’a rien d’anodin).


Je ne vais pas m’amuser à faire la biographie de chacun des auteurs et de leurs préoccupations principales, il me semble qu’il est du ressort de chaque personne qui trouverait un intérêt à ce livre d’identifier d’où parlent ses auteurs.
Nous allons tout de même nous intéresser au descriptif du livre, puisque ses auteurs parlent d’un point de vue universitaire, ce qui risque d’entériner dans la durée ce qui « défini » les contours du « woke ». On peut commencer par les deux premières phrases « En Amérique du Nord et en Europe, nous assistons à un assaut inédit contre le statut de la vérité et de la science. Des mouvements politiques se réclament des sciences sociales pour asseoir leur idéologie. »
On voit que la première phrase est assez large pour ne pas trop choquer la personne de gauche anti-woke : cette personne s’inquiète, elle-même, du risque de « relativisme » dans lequel des gens prétendent que « tout se vaut » pour défendre des choses indéfendables.
La discorde s’enracine dans de nombreux travaux. Citons A. Fausto Sterling, S. Hardling, D. Haraway, E Fox-Keller, Kimberlé Crenshaw, bell hooks, et d’autres philosophes, sociologues ou biologistes féministes ou afro-féministes. Leurs travaux initient effectivement des « courants épistémologiques » dissidents.
Un courant épistémologique, c’est un courant philosophique qui définit une théorie de la connaissance, et avec, des recommandations pour la production des savoirs. Le groupe de courants épistémologique qui domine actuellement dans la sphère sociale, dans la sphère scientifique notamment en sciences de la matière en général, et dans une partie de la philosophie (celle qui n’est pas spécialisée en épistémologie) est le courant réaliste. Ce courant fait l’hypothèse de la « vérité-correspondance », c’est-à-dire l’hypothèse que les descriptions de la réalité correspondent la réalité (et qu’on va tendre vers une correspondance de plus en plus grande au fur et à mesure des progrès scientifiques). Il y a donc une manière objective, absolue, universelle, de décider quelle représentation est « la meilleure » d’après le réalisme. Quelle hypothèse alternative pourrait bien être défendable, pensent souvent les réalistes ? Ils pensent aussi souvent qu’il est inconcevable de ne serait-ce qu’envisager autre chose, tellement cela remettrait en question les fondements de notre société. A ce stade, j’ai envie de dire : oui car si jamais les alternatives avaient raison… serait-ce scientifique de détourner le regard ? Il est vrai que le chamboulement qui en découlerait est à peu près équivalent au chamboulement qui a eu lieu quand l’héliocentrisme a été proposé comme modèle de description du système solaire au lieu du géocentrisme. D’un coup, nous n’étions plus le centre du monde et de l’univers. Donc : les implications sont-elles ce qui doit guider notre exploration ? Ou la rigueur scientifique doit-elle être ce qui guide notre exploration ? Comme rejeter des alternatives, sans, au moins, en avoir pris connaissance ? (c’est, pourtant, ce que font plusieurs individus chaque jour).
Les alternatives au réalisme se distribuent sur un continuum. Plus on s’éloigne du réalisme sur ce continuum, plus on tend à considérer que les descriptions de la réalité sont des abstractions qui représentent la réalité, plus qu’elles n’y correspondent. Par exemple un plan de métro est une représentation de la réalité constituée par les enchevêtrements de lignes de métro, de la même manière qu’une représentation artistique libre des lignes de métro est… aussi une représentation des lignes de métro. Dans les deux cas la correspondance n’est pas totale, ce sont deux « modèles » différents. Le courant « pragmatiste » (qui compte à la fois des réalistes et des non réalistes) dirait « tous les modèles sont faux, certains sont utiles ». Car le fait que nos descriptions soient des représentations, cela ne signifie évidemment pas que toutes les représentations se valent. Pour se déplacer en métro, le plan sera sans équivoque une meilleure représentation.
Par cette petite nuance qui consister à parler de « représentation » plutôt que de « correspondance », les descriptions peuvent être vues comme des constructions (d’où « le constructivisme »), et il devient possible d’envisager le fait que ces représentations seront jugées « meilleures » ou non selon… les cas. Par exemple, si on recherche plutôt un effet esthétique la représentation artistique sera peut-être jugée meilleure, cependant, si on souhaite calculer la longueur de câble à acheter pour ajouter un système électrique tout le long de la ligne, le plan de métro sera d’un coup plus « la meilleure représentation » pour la situation. « Selon les cas » est une formulation très générale. Dans certains courants, on peut remplacer « les cas » par « les contextes », par exemple chez les pragmatistes contextualistes. Dans d’autres, on va remplacer « les cas » par « les groupes de personnes ». Et c’est là qu’on parlera le plus souvent de « relativisme ». Mais attention, même ce relativisme ne signifie pas que « tout se vaut ». La position épistémologique qui prétend que tout se vaut se nomme en fait multiplisme, en termes techniques, mais personne n’écrit de livres pour la défendre. Trouver un multipliste relève de la chasse au dahut. SURTOUT LORSQUE DE MACHIAVELIQUES MANIPULATEURS EGOCENTRIQUES NE JURENT QUE PAR LA CANCEL CULTURE.
Prenons deux exemples de féministes qui enracinent les épistémologies dites féministes, et sont souvent qualifiées de relativistes. E Fox-Keller explique que par exemple une description historique de la fécondation était « le spermatozoïde féconde l’ovule ». Elle montre que ce type de représentation est lié au fait que le champ de la biologie est principalement à l’époque dominé par les hommes, ce qui conduit à adopter une vison dans laquelle ce qui est issu du mâle, le spermatozoïde, est actif, tandis que ce qui est issu de la femelle, l’ovule, est passif. En effet, en l’état des connaissances à l’époque, on aurait tout à fait pu décrire la fécondation par « l’ovule absorbe le spermatozoïde » ou « l’ovule et le spermatozoïde fusionnent ». Dans l’univers woke, elle montre que cela oriente les travaux pour chercher des mécanismes dans lequel le spermatozoïde est actif, et à ignorer ceux liés à l’ovule (alors qu’ils existent). Ainsi, initialement, pour les wokes les différentes descriptions seraient évaluée comme « meilleures » en fonction de valeurs propres aux individus (pas forcément en fonction du sexe). Un a priori de sexe mâle actif peut être vu comme légitime du fait d’une perception un peu mascu selon laquelle « l’actif c’est le mâle », puis ensuite parce que cette formulation était confortée par les données disponibles. Inversement la formulation en « fusionnant » peut, aussi, être défendue en considérant plausible que vu les a priori conservateurs initiaux les mécanismes de l’ovule avaient été négligés et qu’en l’absence de données il fallait garder une formulation… neutre (comme quoi, la neutralité n’est pas toujours où l’on croit). Au final, les mécanismes étant désormais connus (et bilatéraux), il est possible désormais de trancher que la formulation en « fusionnant » est la plus adéquate. Toutefois, dans la réalité il est facile de constater que via la cancel culture en vigueur dans ces mouvements, il n’en est rien.
A partir des travaux de biologistes, sociologues et philosophes féministes et afro-féministes (les afro-féministes analysent les mêmes mécanismes en lien avec la racisation, c’est-à-dire le processus social par lequel les personnes non-blanche subissent le racisme, mais elles analysent aussi les effets des intersections entre les effets de classe, de genre, et de « race », d’où le concept d’intersectionnalité), dont certains finalement convergent dans l’idée que les perspectives impactent la manière dont chacun va décrire « le réel », Haraway va proposer la théorie dite « des points de vue situés ». Haraway se revendique du réalisme, car elle considère (contrairement à certaines des autres autrices) qu’il est possible de reformer une description objective du monde si l’on croise les points de vue situés et que l’on se donne les moyens de résoudre les différences de point de vue (comme cela a été fait avec la question de la fécondation, donc). Pourtant elle est régulièrement qualifiée de « relativiste », car le fait de questionner que l’on a pas d’emblée la même manière d’appréhender le monde remet déjà trop en cause une certaine vision de l’universalisme.

Les épistémologies qui mettent « juste un petit peu en difficulté » le réalisme, tout comme le relativisme, sont diverses, et il est possible de rester réaliste tout en adoptant une épistémologie relativiste. Mais il est également possible d’aller plus loin aussi. Le pas à franchir n’est pas très grand, en fait. Ma position est que si on cumule l’ensemble des élaborations théoriques qui mettent, individuellement, juste un tout petit peu, en difficulté le réalisme… à terme, la position réaliste devient difficilement tenable sans prendre en compte celle relativiste.
La phrase qui suit est « en démocratie, nul n’est plus éclairé ni plus intelligent que les autres pour voter : un homme, un vote ». On a un peu envie de pouffer face au choix, quand même un peu situé qui à conduit à écrire « homme » au lieu d’humain si l’on est woke. Il y a un coté méta à ce choix. Mais passons à la suite : « La science ne cesse d’être combattue au nom du « ressenti », cette vague notion idéologisée ». Cette formulation est intéressante, parce que : quelle est la différence entre l’intuition, qui est quand même un moteur important pour explorer des pistes, et le ressenti ? Il n’y en a pas. C’est une tournure rhétorique qui vise à dénigrer le fait de dire « j’ai telle intuition sur telle représentation, c’est, je pense, lié à ma position située, j’aimerais l’explorer » (par exemple l’intuition que le spermatozoïde est actif était d’abord un a priori mascu et que les mécanismes actifs de l’ovule n’avaient pas été étudiés à cause de cet a priori).
Dans les deux cas (réalistes et relativistes), l’objectif reste le même (la conquête de lieux de pouvoir : mairies, places de députés, universités, médias). Les sciences, au premier rang desquelles la biologie, sont exposées à une contestation idéologique sur leurs fondements par des militants aveuglés par leur toute-puissance. Si on adhère à l’idée que le relativisme est de considérer équivalent le créationnisme et la théorie synthétique de l’évolution au prétexte que l’on ne peut pas trancher et que tout se vaut, ce serait, effectivement, très inquiétant. Mais ce n’est pas ce dont il est question. On parle d’auteurs qui publient dans des médias intégristes. Il n’est même pas certain qu’ils seraient dérangés par le créationnisme. Non, ce qui les embête, ce sont bien les remises en question que nous venons de décrire. Une fois cela situé, d’un coup, on voit une entourloupe possible : chaque partie à peur, peut-être à raison, de perde sa mainmise sur quelques mougeons dociles, une mainmise qui permet de maintenir la vision du monde qu’ils veulent imposer aux autres, un certain statu quo sur les sujets qui les préoccupent.
Le wokisme offre l’illusion de croire à chacun qu’il peut être ce qu’il veut : homme ou femme, plante ou animal, magicien, initié ou simple bacille ». Bon là, on nage en plein épouvantail argumentatif. S’il s’agit de défendre une vision du monde transphobe (et intersexophobe par la même occasion), celle avec laquelle on peut observer, les fascismes actuels, faire tourner leur populisme (à charge de propagande médiatique). Les biologistes questionnent, effectivement, la vision binaire du genre, ce qui est acquis du moment où il existe des personnes avec des chromosomes XY et un corps féminin. Et ce n’est qu’une des multiples variations possibles. La remise en question est évidemment assez profonde pour que la problématique ne se résume pas « aux intersexes, quelques exceptions ». N’en déplaise aux essentialistes, le sexe est un spectre, et personne n’est à 100% mâle ou 100% femelle sur ce spectre. La classification homme-pénis-XY/femme-vagin-XX est une construction qui sert à représenter la réalité parmi les constructions possibles. Elle n’est pas si mal pour plein de gens (en apparence en tous cas avec les données disponibles actuellement), mais elle n’est pas « objectivement la meilleure représentation possible de tous les points de vue imaginables » et encore moins « la seule ».
La position woke sape les bases de la rationalité au profit d’idéologies religieuses, politiques et marchandes. Il est vrai que sa position est centrées autour de grands enjeux : de la pénétration des idéologies décoloniales, des théories de La race et du genre, dans les milieux actuels de la recherche en lettres et sciences humaines, en droit et même dans les sciences dures. Ce phénomène de déconstruction de tout et du rapport à la vérité s’accompagne, en plus, d’un militantisme grandissant de l’islamisme et d’autres acteurs qui en profitent pour imposer leur prosélytisme et leur obscurantisme.
Car, oui, il y a bien un côté obscurantiste dans obscuréologie dans l’idéologie woke. En se basant sur la « théorie de la race » quelques militants font dire ce qu’ils veulent à celle-ci. Bien évidemment, que les personnes qui sont discriminées par le monde, sans surprise, y compris par eux, vont avoir une vision du monde impactée par ces discriminations. Demandez à n’importe quelle personne discriminée, elle saura vous dire qui sont les gens gentils versus les gens horribles, juste à la manière de dire bonjour des gens. L’expérience de discrimination de classe ancre, aussi, parfois, une perception du monde qui n’est pas, forcement, la bonne. C’est la même chose pour une personne qui subit cette discrimination, mais sur d’autres plans.
Les courants dits décoloniaux sont eux aussi divers, et il y a des courants épistémologiques, versus des courants politiques, qu’il faut distinguer. Le problème de quelques groupes ne réside pas dans leur rapport à la vérité, mais dans leurs stratégies politiques. Notez que si au lieu de dunker ‘les décoloniaux’ de manière aussi fourre-tout, les gens étaient un peu plus nuancés, ils auraient accès aux critiques politiques que l’on porte au sujet d’autres. Tant pis pour eux.
Conclusion
Je ne me revendique pas woke. Ça n’a pas de sens. L’extension du terme depuis une recommandation pratique chez les noirs américains à un impératif vague de conscience « des oppressions » en général mais est une confiscations dont quelques machiavéliques manipulateurs sont coutumiers pour servir leurs appétits de câlinothérapie – et c’est cette dilution qui a posé les conditions initiales, en rendant le terme assez flou dans un imaginaire collectif au service d’une récupération polémique par des extrêmes.
Je sais que mes positions épistémologiques et politiques sont ciblées par les accusations de wokisme. Mais ce n’est pas moi qui ait le pouvoir de définir ce qui est woke. Ce sont les réactionnaires, qui ont ce pouvoir. Et comme moi, vous n’avez pas ce pouvoir. Vous serez désignés woke dès le moment où vous tiendrez des positions qui remettent juste assez en question le statu-quo pour que de machiavéliques manipulateurs décident de vous discréditer. Comme c’est arrivé à JM Aphatie, qui n’est, quand même pas de la gauche la plus radicale.
Le titre de l’article n’était, effectivement, qu’un cliché. Si vous êtes doté de réflexions, et que vous remettez en question les visions conservatrices du monde, par défaut vous serez désignés wokes, et ce de plus en plus au fur et à mesure que les réactionnaires wokes réagissent avec morves en poffinant leur rhétorique.
J’aimerais qu’on se souvienne des positions épistémologiques qui ont été élaborées. J’aimerais qu’on diffuse cet article au maximum. Pour faire perdre un peu de ce pouvoir aux réactionnaires « jamais content ». Le pouvoir de maintenir le statu quo, et d’entraver l’avancement des sciences. Car pour de trop nombreux wokes le changement de paradigme du géocentrisme à l’héliocentrisme, n’est, sans doute, qu’une hyppotése à remettre en question pour satisfaire le besoin de quelques machiavéliques manipulateurs d’être le centre du monde.
Peut être qu’il serait temps que des personnages machiavéliques et manipulateurs qui se revendiquent d’une minorité, ne soient, effectivement plus, le centre du monde.
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