Sélectionner Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 72 – PLAN D’ÉVACUATION DE LA PLANÈTE !
On se moquait des sectes qui attendaient les extraterrestres en pyjama fluo sur un parking de supermarché. Et puis est arrivée la Covid, et là, soudain, la moitié de la planète s’est mise à parler comme le slip galactique que tu as sous les yeux : menaces invisibles, complot cosmique, sauveurs venus d’ailleurs, et surtout, surtout… des gens très sérieux, mais avec quelques idées égocentriques derrière la tête, qui t’expliquent que tout ça est parfaitement SCIENTIFIQUE !

Sur le caleçon, les grands blonds cosmiques te promettent l’« évacuation de la planète Terre ». Pendant la pandémie, leurs cousins terrestres promettaient l’« évacuation du système » : quitter la matrice, dire non à la « dictature sanitaire », refuser le masque, le vaccin, le pass, et, si possible, la réalité tout court. D’un côté, tu as les soucoupes volantes qui viennent te chercher au-dessus de la Creuse ; de l’autre, tu as le live Telegram du gourou local qui t’explique que tu vas ascensionner en 5D en buvant des tisanes et en renvoyant ton attestation dérogatoire à Bruxelles.
Sur le tissu, les extraterrestres t’avertissent que « les objets identifiés par puces » vont te transformer en esclave des sauriens. Version Covid, ça donne : « le vaccin contient une puce 5G de Bill Gates qui va contrôler ton corps, ton âme et ton compte bancaire ». Même scénario, autre décor. Hier, c’était les reptiliens, aujourd’hui c’est Pfizer, demain ça sera les compteurs Linky qui lisent dans tes pensées à travers le compteur électrique. Tant qu’il y a une puce quelque part – carte bancaire, passeport, vaccin, slip galactique – c’est forcément le début de l’esclavage.
Et puis il y a la grande promesse populiste : « le peuple contre les élites ». Les élites, c’est qui ? Hier, c’étaient les Illuminati et les reptiliens infiltrés dans l’ONU. Pendant la Covid, c’étaient les épidémiologues, les infirmières, les types qui comptaient les lits de réa, rebaptisés « sbires du système ». Pendant que des soignants s’arrachaient la santé dans les hôpitaux, certains prophètes de salon hurlaient à la « dictature » depuis leur canapé, entre deux vidéos YouTube monétisées. Pareil que les gourous cosmiques : tu te prétends rebelle, mais tu suis un script plus rigide que le règlement intérieur d’une secte apocalyptique.
Le slip, lui, est honnête : il affiche directement le « plan d’évacuation ». Tout est écrit, cadré, coloré, illustré. Pendant la crise, les idéologues Covid ont fait exactement la même chose :
- manuel prêt-à-penser, avec vocabulaire codé (« moutons », « collabos », « éveillés », « résistants ») ;
- prophètes autoproclamés, sans aucune compétence médicale mais avec beaucoup de temps libre et une connexion fibre ;
- promesse de salut réservée à ceux qui « ont compris », qui ne se laissent pas « injecter », qui se méfient de tout sauf de ce que raconte le dernier live de 3 heures.
Évidemment, comme dans toute bonne dérive sectaire, il faut un ennemi absolu. Sur le caleçon, c’est la menace diffuse d’un empire obscur qui veut pucer les humains. Dans les discours idéologiques de la pandémie, ça devenait : l’État, l’OMS, les labos, les médias, les enseignants, les voisins, ta propre famille si elle portait un masque. Tout le monde était complice, sauf toi et ton petit groupe de « lucides » sur Facebook. À ce stade, ce n’est plus de la pensée critique, c’est une religion sans humour.
Le plus ironique, c’est que ces gens qui dénoncent les manipulations « sectaires » du système utilisent les mêmes outils que les gourous des étoiles :
- simplifier le monde en deux camps irréconciliables : les purs et les vendus ;
- répéter sans fin un petit nombre de slogans jusqu’à ce que ça remplace le raisonnement ;
- déclarer que toute contradiction est la preuve du complot.
Si un scientifique te contredit, c’est qu’il est acheté. Si la réalité ne colle pas au récit, c’est que le complot est encore plus vaste. C’est pratique : on ne peut jamais avoir tort.
Et pendant ce temps, les marchands de peurs encaissent. Les uns vendent des stages de « connexion avec les frères de l’espace », les autres fourguent des livres, des conférences « vérité interdite », des huiles essentielles anti-variant et des abonnements à des plateformes vidéos « libres » mais pas gratuites. Le slip complotiste l’avoue presque : il est littéralement imprimé à la gloire d’un site web. Marketing ésotérique pur. Ceux des Covid-gourous n’étaient pas mieux : derrière le grand discours sur la liberté, il y avait souvent un RIB, un lien Tipeee ou une boutique de produits magiques censés remplacer la médecine.
Au fond, entre croire que des êtres de lumière vont nous sauver en soucoupe volante et croire qu’un YouTubeur va nous sauver de la « mafia pharmaceutique », la différence tient surtout à la coupe du sous-vêtement. Dans les deux cas, on nous propose de renoncer à la complexité, au doute, au débat – tout ce qui fait mal à la tête – pour choisir un kit complet de certitudes prémâchées. La secte, c’est peut-être ça, aujourd’hui : moins un temple reculé dans la forêt qu’un flux continu de slogans, de vidéos et de mèmes partagés en boucle, jusqu’à ce qu’on finisse par s’y enfermer tout seul.
Moralité : méfions-nous des gourous qui prétendent nous protéger des sectes, des complots et des manipulations… tout en nous vendant leur propre apocalypse personnalisée. Et si on doit vraiment se faire pucer, que ce soit au moins pour retrouver notre sens critique, notre humour, et la capacité de dire : « non merci, ton plan d’évacuation en slip cosmique, je le laisse aux vrais croyants ».
Share this content: