Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 76 – Ego, bienveillance et autres coups bas 

Ils appellent ça la bienveillance. Ils en parlent partout : sur les plateaux télé, dans les chartes d’entreprise, dans les posts LinkedIn où ils posent en noir et blanc en citant du pseudo‑Nietzsche. La bienveillance, c’est leur parfum : ils en mettent des litres, ça empeste la pièce, mais derrière, c’est toujours la même vieille odeur de domination et d’ego surdimensionné. Ils te sourient, t’appellent « cher ami », te tutoient en réunion inclusive… jusqu’au jour où tu refuses de rentrer dans leur mise en scène. Là, comme par magie, le vernis de douceur saute et il ne reste qu’une vérité simple : ils ne comprennent vraiment que le poing dans la gueule, symbolique ou pas.

Image-4953 Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 76 – Ego, bienveillance et autres coups bas 

Ce sont les grands prêtres du « vivre ensemble » qui vivent surtout très bien avec eux‑mêmes. Ils prêchent la non‑violence pendant qu’ils pratiquent la violence symbolique comme des professionnels : humiliations feutrées, exclusions habillées de jolis mots, renversement de la culpabilité sur ceux qui osent dire que ça ne va pas. Si tu dénonces leurs abus, c’est que tu es trop sensible ; si tu refuses leur magouille, c’est que tu manques d’esprit d’équipe. Leur bienveillance, c’est une matraque recouverte de mousse : ça fait toujours mal, mais on t’explique que c’est pour ton bien.

Ils adorent la paix, à condition que tu te tiennes tranquille. Ils célèbrent le dialogue, mais seulement si tu parles leur langue. Ils se disent anti‑violence, mais ils savent très bien appuyer là où ça fait mal, en douceur, avec ce sourire flou de manipulateurs illuminés : carrière bloquée, réputation sabotée, isolement subtil. Ils ne supportent pas les « colériques »… sauf quand c’est eux qui frappent, par avocat interposé, procédure disciplinaire ou campagne de dénigrement feutrée. Chez ces apôtres de la bienveillance, la seule violence qu’on condamne, c’est celle des autres.

Et même face à la mort, ce n’est pas la dignité des gens qui les occupe, c’est la mise en scène de leur propre bonté. Ils transforment chaque drame en opportunité de montrer à quel point ils sont sensibles, empathiques, « dévastés ». Minutes de silence photographiées, hommages en thread, tribunes lacrymales : le malheur des autres devient décor pour leur ego. L’important n’est pas d’empêcher les violences, mais de pouvoir dire ensuite : « nous, on a été du bon côté ». Ils veulent être sur la photo, pas sur la ligne de front.

Populistement parlant, ce sont les élites de la morale low‑cost : ceux qui t’expliquent comment vivre, comment parler, comment penser, mais qui disparaissent dès qu’il faut tenir la main de quelqu’un qui souffre vraiment. Ils te font la leçon sur la non‑violence, puis t’écrasent administrativement, médiatiquement, psychologiquement, jusqu’à ce que tu finisses par croire que c’est toi le problème. Ils ont rebaptisé la domination en « bienveillance » et la lâcheté en « neutralité ».

La vérité, c’est que leur idéal, ce n’est pas un monde plus juste ; c’est un monde où leur image reste impeccable. Ils n’ont pas peur de la violence, ils ont peur qu’on voie qu’ils en vivent. Alors oui, ils t’accuseront toujours d’être trop dur, trop radical, trop en colère. Parce que si jamais les gens qu’ils maltraitent doucement se mettaient à répondre franchement, sans filtre, sans storytelling… là, d’un coup, leur bienveillance risquerait de prendre la forme qu’elle mérite vraiment : un retour de bâton, en pleine figure, signé par ceux qu’ils prenaient pour des figurants dans le film de leur ego.

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