Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 52 – Entre des extrémistes qui fixent leurs propres règles, devenant lois, quels choix restent-ils aux « prétendus » défenseurs de libertés officiels pour faire valoir leurs droits humain ?

Il reste encore des marges d’action réelles, mais elles demandent de changer d’échelle : passer de la simple indignation individuelle à des stratégies collectives, juridiques et narratives capables de résister à des groupes extrémistes qui imposent leurs propres règles.

Image-4908-1024x683 Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 52 – Entre des extrémistes qui fixent leurs propres règles, devenant lois, quels choix restent-ils aux "prétendus" défenseurs de libertés officiels pour faire valoir leurs droits humain ?

Quand les extrémistes écrivent les règles du jeu

Dans de nombreux pays, la montée de forces politiques extrêmes ou ultra‑polarisées s’accompagne d’une remise en cause des contre‑pouvoirs, de la presse indépendante, de la justice et parfois des droits fondamentaux de certaines personnes. Des rapports internationaux parlent de « recul démocratique » lorsque les gouvernements issus de ces mouvances modifient les lois électorales, capturent les médias publics, affaiblissent l’indépendance des juges ou remettent en cause la protection des minorités. La polarisation politique extrême crée une logique de camps irréconciliables, où l’adversaire n’est plus un concurrent mais un ennemi à abattre, ce qui nourrit la tentation d’écrire des règles « sur mesure » pour museler l’autre camp.

Dans ce contexte, les défenseurs des libertés ont souvent le sentiment d’être pris en étau : d’un côté, le discours sécuritaire ou identitaire des extrémistes, de l’autre, une demande sociale de protection qui peut justifier, aux yeux de beaucoup, des restrictions de libertés. La question n’est donc pas seulement « comment s’opposer », mais comment continuer à faire exister un espace de droits humains dans un environnement où les règles du jeu sont en train d’être réécrites contre ces droits.

Le recours au droit et aux institutions, tant qu’ils tiennent

Même lorsque des gouvernements ou des mouvements extrémistes avancent leurs pions, il existe encore des outils juridiques nationaux et internationaux qu’il serait dangereux d’abandonner. Les ONG comme la FIDH, Amnesty International, Human Rights Watch ou leurs relais nationaux combinent plusieurs leviers (à voir) : contentieux stratégiques devant les juridictions nationales ou internationales, observation des procès, dépôts de plaintes, accompagnement des victimes, interventions comme tiers dans les procédures et recours à des mécanismes régionaux (Cour européenne des droits de l’homme, comités de l’ONU, etc.). Ces actions ne renversent pas un régime à elles seules, mais elles créent des précédents, documentent les abus, et maintiennent vivante l’idée qu’il existe des normes supérieures aux caprices du pouvoir.

À l’intérieur des États, la défense des libertés passe aussi par l’usage intensif des outils encore disponibles : saisir les autorités administratives indépendantes (Défenseur des droits (il y a, quand même, des sujets qui semble poser problème), autorités de protection des données, autorités de régulation), contester les décisions devant les tribunaux, et utiliser les procédures d’accès à l’information ou de contrôle citoyen prévues par la loi. Tant que ces mécanismes existent, ne pas les utiliser revient à laisser le terrain entièrement aux extrémistes qui veulent les vider de leur substance.

La société civile comme contre‑pouvoir vivant

Les analyses sur l’extrémisme insistent sur le rôle central de la société civile : associations, syndicats, collectifs informels, médias indépendants, mouvements de quartier, groupes de soutien aux minorités. Quand les institutions sont attaquées, c’est souvent la société civile qui tient le fil : elle documente les violations, protège les personnes menacées, organise des campagnes publiques, presse les gouvernements étrangers et les organisations internationales d’agir. L’idée n’est pas seulement de « résister », mais de maintenir des formes de vie démocratique concrètes : espaces de discussion, pratiques de solidarité, entraide juridique, mutualisation de compétences (numériques, médiatiques, juridiques) entre citoyens.

Pour les personnes attachées aux libertés, cela signifie que le choix n’est pas seulement individuel (« voter », « signer une pétition »), mais aussi organisationnel : rejoindre ou soutenir des structures qui, à leur échelle, font rempart contre l’érosion des droits (ONG, collectifs locaux, médias indépendants, associations de défense de telle ou telle minorité). C’est dans ces espaces que se construisent des réponses créatives aux nouvelles formes de censure, de surveillance ou de violence, par exemple via des réseaux de soutien aux victimes, des observatoires des libertés, ou des campagnes de communication qui rendent les abus visibles.

Reprendre la bataille du récit et des mots

Une autre dimension pointée par les chercheurs est la bataille des récits : les extrémistes prospèrent sur des visions du monde simplistes, binaires, saturées d’émotions fortes (peur, ressentiment, humiliation) et soutenues par des stratégies médiatiques agressives. Les défenseurs des droits humains ne peuvent pas se contenter de textes juridiques abstraits ou de discours technocratiques : ils doivent aussi proposer des récits, des images, des histoires qui rendent les libertés désirables, concrètes et incarnées dans des vies réelles. Cela passe par des formats accessibles (vidéos, podcasts, témoignages, BD, interventions dans les écoles, travail avec des influenceurs) qui montrent, par exemple, comment des lois liberticides détruisent des trajectoires humaines, ou au contraire comment la solidarité et le respect des droits ont amélioré des situations.

Dans des sociétés polarisées, un enjeu majeur est de sortir de la logique de pure confrontation morale (« eux sont le mal, nous le bien ») pour reconstruire des espaces où des personnes qui ne se vivent pas comme militantes des droits humains peuvent néanmoins entendre un discours sur les libertés qui leur parle. Sinon, le terrain reste monopolisé par les extrémistes qui, eux, savent très bien jouer sur les peurs et le sentiment d’abandon pour justifier toujours plus de restrictions et de désignations de boucs émissaires.

Des choix individuels et collectifs qui restent ouverts

Face à des extrémistes qui fixent leurs propres règles, les « ferrus de libertés » n’ont pas le pouvoir magique d’arrêter l’histoire, mais ils conservent plusieurs leviers : utiliser jusqu’au bout les outils juridiques existants, renforcer les ONG et initiatives qui défendent les droits, participer à des contre‑pouvoirs locaux, et travailler les récits et les imaginaires collectifs plutôt que de parler seulement en termes techniques. Le choix central est de ne pas se laisser enfermer dans la position spectatrice ou cynique (« tout est joué »), mais d’assumer que la défense des libertés est une pratique quotidienne, fragmentée, faite d’actes modestes mais cumulés : soutenir une procédure, aider quelqu’un à faire valoir ses droits, documenter un abus, corriger une info toxique, créer un espace de débat dans un endroit où il n’y en avait plus.

Autrement dit, même si des extrémistes tentent d’écrire les règles à leur avantage, il reste encore une marge pour « hacker » le système par le droit, la solidarité organisée et les récits, à condition d’accepter que la défense des droits humains n’est pas une posture morale abstraite, mais un travail de longue haleine, souvent conflictuel, où chaque niveau – individuel, local, national et international – compte.

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