Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 54 – ALERTE PANDEMIE !

La réunionite, c’est cette épidémie moderne où l’on soigne tous les problèmes sociaux avec… un ordre du jour, un PowerPoint, et un buffet de mignardises. On nous explique que c’est « important de se réunir pour la veuve et l’orphelin », puis on ressort trois heures plus tard avec un compte rendu de 12 pages, aucune décision, et la promesse solennelle… de refaire une réunion. Entre deux selfies militants pris devant la salle de conférence, tout ce beau monde se félicite d’« avancer ensemble », surtout vers la prochaine date qu’on trouvera sur Doodle.

Image-4909-1024x559 Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 54 – ALERTE PANDEMIE !

Dans ce petit théâtre, les prétendus défenseurs de la veuve et de l’orphelin arrivent toujours avec le même costume : l’air grave, les dossiers sous le bras, et la phrase magique « il faut prendre le temps de la concertation ». Traduction : surtout ne changeons rien avant la retraite de ceux qui sont autour de la table. La veuve, elle, attend un rendez-vous depuis six mois ; l’orphelin, lui, a déjà dépassé l’âge de la majorité quand le groupe de travail « enfance vulnérable » finit son diagnostic partagé. Mais sur le PowerPoint, tout va bien : les cases sont remplies, les couleurs sont jolies, et les indicateurs « en cours » brillent en orange apaisant.

La réunionite est devenue un mode de gouvernance : là où il faudrait un acte simple, on invente « un comité de pilotage », « un groupe de suivi », « une journée d’échanges de bonnes pratiques ». Le temps de faire tout ça, les bonnes pratiques ont pris leur retraite anticipée. On pourrait décider en une page, mais on préfère 4 heures de tour de table où chacun répète ce qu’il a déjà dit dans le mail de la semaine précédente. Ceux qui bossent vraiment sur le terrain n’ont pas le temps de venir, alors on parle à leur place, au calme, dans une salle climatisée, avec des badges plastifiés.

Évidemment, il ne faut pas dire que rien ne bouge : les slides bougent beaucoup, elles. On change les intitulés : ce qui hier s’appelait « commission » devient « atelier », puis « lab », puis « taskforce », mais la chaise est la même et les décisions toujours aussi molles. Le vrai indicateur de réussite, ce n’est plus l’effet sur la vie des gens, c’est le nombre de réunions tenues dans l’année et le volume de comptes rendus archivés sur un serveur que personne n’ouvrira.

Et au milieu de tout ça, la veuve et l’orphelin restent des accessoires rhétoriques très utiles. On les invoque à chaque début de séance pour se donner une dimension morale, puis on passe le reste du temps à discuter de la couleur du logo du futur « dispositif d’accompagnement renforcé et inclusif ». Quand quelqu’un ose demander : « Concrètement, qu’est-ce qui va changer pour eux, là, maintenant ? », on lui répond qu’il ne faut pas « confondre vitesse et précipitation ». Ça tombe bien : il n’y a ni vitesse, ni précipitation.

La réunionite rassure tout le monde sauf ceux pour qui on prétend se battre. Elle permet d’afficher une agitation permanente, un sérieux de façade, un parfum de démocratie participative, tout en neutralisant soigneusement tout ce qui pourrait bouger réellement les lignes. Tant que l’on parle de « feuille de route », on évite soigneusement de prendre la route elle-même. Au fond, la réunionite, c’est l’art de transformer la colère légitime de la veuve et de l’orphelin… en un point 7 de l’ordre du jour : « questions diverses ».

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