Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 70 – Franco‑algérien, déchu de tout, et la France “c’est fini” : Boualem Sansal, l’homme qu’aucun pays ne veut vraiment mais que tout le monde brandit

Boualem Sansal fait partie de ces hommes que la politique adore mettre en avant… puis faire disparaître. On le présente comme un « franco‑algérien », comme si l’étiquette valait un passeport ; on le célèbre quand il entre à l’Académie française, puis on le renvoie à la porte dès qu’il ouvre la bouche. Et voilà que le voisin des impostures nationalistes se produit une fois encore : l’écrivain, autrefois algérien de naissance, naturalisé français en 2024, déclare qu’il est « seulement français désormais », affirmant avoir été déchu de sa nationalité algérienne.

https://www.tf1info.fr/culture/l-ecrivain-boualem-sansal-revele-avoir-ete-dechu-de-la-nationalite-algerienne-2423002.html

https://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/boualem-sansal-annonce-etre-dechu-de-sa-nationalite-algerienne-son-passeport-annule-recemment-selon-son-editeur-7900597898

https://www.lefigaro.fr/flash-actu/boualem-sansal-annonce-etre-dechu-de-sa-nationalite-algerienne-20260205

Ironie du sort : plus il est pressé de se déclarer exclusivement français, plus la presse insiste à le ranger dans la case « franco‑algérien », comme si on refusait de lui laisser le luxe de choisir son casque. Son passeport algérien a été annulé, ses accès suspendus, et les autorités algériennes parlent de désactivation de ses documents, mais juridiquement, la déchéance proprement dite reste floue. Les uns disent qu’il a été déchu, les autres qu’il répète la rumeur, et dans le doute, la France elle‑même se contente de le faire exister comme un symbole commode : homme de lettres, dissident, victime, traître, selon les angles de vue.

Pendant ce temps, notre écrivain, las des polémiques, déclare à qui veut l’entendre que « la France, c’est fini pour moi », et qu’il s’apprête à quitter le territoire, peut‑être vers la Belgique, où il entre à l’Académie royale. On le voit partir entre deux titres de presse : d’un côté, le journal français qui le traite de franco‑algérien », de l’autre, la presse algérienne qui le traite de « traître » et remet en cause la mansuétude de la France sur son cas. Chaque camp se l’approprie pour dénoncer l’autre, et le pauvre Boualem, entre les deux, se retrouve dans la position idéale du bouc émissaire mondialisé : pas tout à fait de chez l’un, pas tout à fait de chez l’autre, mais parfaitement utile à tout le monde pour alimenter les discours.

https://www.rtl.fr/culture/arts-spectacles/boualem-sansal-annonce-etre-dechu-de-sa-nationalite-algerienne-son-passeport-annule-recemment-selon-son-editeur-7900597898

https://www.lefigaro.fr/international/on-ne-gracie-pas-un-traitre-la-presse-algerienne-fustige-la-position-francaise-sur-le-dossier-sansal-20250705

Au fond, cette histoire résume assez bien l’époque : on fabrique des identités hybrides pour les exhiber, puis on les détruit dès qu’elles dérangent. On appelle quelqu’un « franco‑algérien » pour faire « modernité », mais on lui retire toutes les cartes dès qu’il critique un régime, puis on le brosse à pommade sur un autre rivage dès qu’il sert une position politique. Et pendant que tout le monde se bat autour de son nom, Boualem Sansal, lui, se contente d’un constat presque comique : il aurait été déchu d’un pays, dénoncé par celui‑là, critiqué par celui‑ci, et finalement il aurait choisi de se retirer des deux, en annonçant que la France, pour lui, est réglée.

https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/03/22/comment-la-propagation-des-fake-news-et-du-complotisme-s-est-acceleree-avec-la-pandemie-de-covid-19_6584661_3234.html

Alors oui, la France, c’est « fini » pour lui… ou plutôt, c’est fini de le faire servir de trophée dans les débats d’identité. Le reste, c’est au tour des médias, des diplomates et des idéologues de continuer à se disputer un homme qui, au départ, n’était qu’un écrivain – un peu trop honnête, sans doute, pour un monde qui préfère les cartes nettes et les vitrines bien vernies.


Sources principales utilisées (liens)

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