Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 83 – Quand les princes de la loi se font clients de la poudre : et les leçons que personne ne tire… Surtout pas chez les « grands » donneurs de leçons de morale.
À Bobigny, un magistrat qui incarnait la rigueur, la lutte contre les stupéfiants et la défense d’une société « propre », reconnaît tranquillement avoir consommé, acheté et détenus de la drogue pendant cinq ans. Pas deux, trois ou quatre, mais cinq – presque le temps qu’il faut pour faire un mandat municipal, promettre de tout changer et électriser deux ou trois campagnes électorales. Il était là, au sommet de la guerre contre la drogue, avec matraque verbale et discours moral, pendant que sa vie privée ressemblait à un hors‑sujet de la loi. Ironie parfaite : celui qui condamne les autres est devenu le client de ce qu’il est censé combattre.
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Le magistrat de Bobigny, quelques autres personnages et le même décor
Ce n’est pas un cas isolé de faiblesse humaine, mais un symptôme d’un système où les mots comptent plus que les actes, où la posture vaut tous les contrôles internes. À l’image de ce magistrat, on peut penser à certains élus, qui n’hésitent pas à afficher des positions dures, à stigmatiser les plus faibles, à confondre pauvreté et faiblesse, tout en se proclamant garant de l’ordre et de la morale. Il parle des « assistés », des « dépendants », des « fainéants », mais rarement de ceux qui se font dorloter l’égo dans quelques bureaux, dans des conseils ou dans des conférences de presse.
Les deux partagent une forme de dualité : discours public rigoureux, voire cruel, et réalité privée souvent plus mouvante. À Bobigny, on parle de drogue, mais on pourrait tout aussi bien parler d’abus, de faiblesses, de double vie. Dans d’autres lieux, on pourrait plus parler de « délinquance sociale », de « dérives », mais on oublie que les dérives, parfois, commencent là où le pouvoir pense être le plus intouchable.
Les faux défenseurs des faibles et les leçons à tirer

Pendant ce temps, les mêmes médias, politiques et moralistes qui hurlent contre les petits délinquants, les toxicomanes des quartiers et les pauvres en général, se contentent de hocher la tête face à des individus dit « respectables » qui peuvent vivre dans une illégalité volontaire. On parlera de mesure, de compréhension, de soutien, de réinsertion, mais uniquement quand il s’agit de quelqu’un de « respectable ». Quand il s’agit d’un magistrat qui se moque des nécessiteux, on entretient le débat, on le défend, on le critique, mais on ne remet pas en cause le système qui le porte.
Les vrais défenseurs des faibles ne sont pas ceux qui se posent en donneurs de leçons, mais ceux qui reconnaissent que la faiblesse est partout, y compris au sommet. Ils ne stigmatisent pas les pauvres pour se sentir purs, ils ne punissent pas les démunis pour se sentir justes. Ils ne transforment pas la faute en spectacle, mais en questionnement collectif.
Les leçons
- Les leçons ne viennent pas des discours, mais des actes. Un magistrat qui consomme pendant cinq ans, des maire qui méprise les plus faibles lorsque les caméras ne sont pas braquées sur eux : ce ne sont pas des faits isolés, c’est le reflet d’une société qui valorise la victoire publique au détriment de l’honnêteté privée.
- Les faibles ne sont pas les seuls à déraper. La faiblesse morale, la lâcheté, la dépendance, la collusion entre pouvoir et intérêts privés, tout cela existe aussi chez ceux qui se proclament les plus forts.
- Les vrais défenseurs ne sont pas ceux qui jugent, mais ceux qui transforment. Transformer la justice, la politique, la société, en reconnaissant que la faiblesse est partout, et que la justice vraie ne consiste pas à punir les faibles pour se sentir moralement supérieur.
À Bobigny, aurons‑nous un vrai changement, ou un simple remplacement de poste ? Chez les donneurs de leçons de morale officiels, aurons‑nous un vrai changement d’attitude, ou simplement d’autres discours plus patinés ? La réponse ne dépend pas des magistrats, des maires ou des moralistes, mais de nous, qui choisissons de regarder, ou de détourner le regard.
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