Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 162 – Les bien-pensants : quand la bienveillance devient l’art de ne rien faire (mais en se donnant bonne conscience)
Les Bien-Pensants : des cœurs aussi larges que leurs portemonnaie sont vides
Dans un monde où l’indignation sélective est devenue un sport olympique, une caste grandissante s’érige en gardienne morale de l’humanité : les Bien-Pensants. Armés de leur clavier et de leur abonnement Premium à la plateforme de vertue du moment, ces héros des temps modernes ont révolutionné l’art de la solidarité. Leur secret ? Aimer les victimes… à condition qu’elles restent à leur place : loin, très loin.
La Bienveillance 2.0 : un like vaut mille actions
Pourquoi s’embêter à agir quand on peut partager ? Les Bien-Pensants ont compris que la vraie charité commence et se termine sur les réseaux sociaux. Un cœur bleu sous une publication sur la misère du monde ? Mission accomplie. Une story Instagram avec un hashtag #JeSuisSolidaire ? L’équivalent moral d’un don à la croix-rouge. Et si jamais une victime ose demander de l’aide concrète, qu’à cela ne tienne : on lui offrira des conseils non sollicités (« As-tu essayé de positiver ? ») ou, mieux, un sermon sur sa résilience.
« C’est pour ton bien », expliquent-ils, la larme à l’œil, avant de retourner à leur brunch bio à 25€.
Le syndrome du sauveur… de canapé
Les Bien-Pensants™ adorent les causes tant qu’elles ne les concernent pas. Les migrants ? « Accueillons-les tous ! »… mais pas dans mon quartier, hein, la valeur immobilière. Les SDF ? « C’est scandaleux ! »… mais chut, j’ai peur qu’ils ne fassent baisser le prix de mon loft. Les travailleurs précaires ? « Il faut changer le système ! »… après mon stage non rémunéré chez Papa-Maman, bien sûr.
Leur credo ? « Je suis pour, mais pas chez moi. » Une philosophie immaculée, qui leur permet de dormir sur leurs deux oreilles (en coton bio, éthiquement sourcé).
La victime : ce personnage ennuyeux qui gâche le spectacle
Dans le théâtre des Bien-Pensants™, la victime a un rôle précis : incarner le malheur avec élégance, sans jamais exiger de solution. Car une vraie victime, voyez-vous, doit se contenter de symboliser la souffrance. Elle n’a pas à parler, encore moins à réclamer. Cela perturberait la performance.
Et si, par malheur, une victime ose exister au-delà du récit qu’on lui a assigné ? Qu’elle critique les miettes qu’on daigne lui jeter ? Alors là, c’est l’horreur : on lui reprochera son manque de gratitude. « Après tout ce qu’on a fait pour toi ! » (c’est-à-dire : un retweet et une pensée émue).
La bienveillance, nouvelle forme de mépris
Le génie des Bien-Pensants™, c’est d’avoir transformé la compassion en arme de domination. « Je te plains, donc je suis supérieur. » Leur bienveillance n’est pas un acte d’amour, mais un certificat de supériorité morale. Et si vous osez douter de leur engagement, vous êtes immédiatement classé dans la catégorie des méchants, des égoïstes, des complices du système.
Ironie ultime : ces apôtres de la tolérance sont les premiers à excommunier ceux qui ne partagent pas leur dogme. La bienveillance, version Bien-Pensants™, c’est comme un club privé : on y entre par cooptation, et on en sort par le mépris.
Épilogue : et si on arrêtait le cinéma ?
Alors, chers Bien-Pensants™, voici une idée radicale : et si, pour une fois, vous agissiez ? Pas en partageant un post, non : en tendant la main. En écoutant. En donnant (de votre temps, de votre argent, de votre énergie). Parce que la vraie bienveillance, ce n’est pas un statut social, c’est un acte.
Mais bon, je sais, c’est demander beaucoup. Après tout, un like, c’est déjà ça.
À méditer : « La bienveillance sans action n’est qu’une autre forme de lâcheté. Et la lâcheté, même habillée en lin équitable, reste de la lâcheté. »
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