Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 177 – IA : quand les « Papes » et Palantir s’allient pour nous voler notre jouet

Introduction : la grande conspiration des gardiens de temple

Il était une fois, dans un monde où l’intelligence artificielle faisait rêver autant qu’elle faisait peur, deux textes solennels tombèrent comme des couteaux dans le beurre de notre insouciance collective. D’un côté, l’encyclique Magnifica humanitas du pape Léon XIV, un pavé de 100 pages pour nous expliquer que l’IA, ce monstre froid, risquait de nous voler notre âme (et accessoirement notre job). De l’autre, le manifeste de Palantir, société spécialisée dans la surveillance de masse, qui nous annonce, l’air grave, que l’IA doit être mise au service de la patrie, de la défense, et accessoirement de leur chiffre d’affaires.

Le point commun ? Ces deux textes, aussi opposés qu’ils paraissent, partagent une obsession : l’IA est trop dangereuse pour être laissée entre les mains du peuple. Il faut des gardiens. Des prêtres. Des généraux. Des experts. Bref, des gens en costume (ou en soutane) pour décider à notre place ce qu’on a le droit d’en faire.

Spoiler : c’est une très mauvaise idée.


1. Les Papes : « Désarmons l’IA, avant qu’elle ne nous désarme »

L’encyclique papale, c’est un peu comme un manuel d’utilisation pour l’humanité 2.0, écrit par un comité de sages qui ont peur qu’on se blesse en appuyant sur le mauvais bouton. Problème : le bouton en question, c’est nous qui devons l’appuyer.

  • « Désarmer l’IA » : une formule chic, qui sonne bien dans les dîners en ville. Sauf que « désarmer », ça sous-entend que l’IA est une arme. Or, une IA, c’est avant tout un outil. Comme un marteau. Et un marteau, ça peut servir à construire une maison… ou à écraser des noix. Tout dépend de qui le tient.
  • La peur de la tour de Babel : les Papes nous mettent en garde contre une humanité divisée par la technologie. Ironique, quand on sait que la principale occupation des églises de ceux-ci passent leurs temps à diviser l’humanité entre sauvés et damnés. Mais passons.
  • La nostalgie de l’émerveillement : selon Léon XIV, l’IA risque de nous faire perdre notre capacité à nous émerveiller. Comme si, avant Google, on passait nos journées à contempler les étoiles en récitant du Baudelaire. (Spoiler : non.)

Le vrai problème : les Papes veulent une autorité morale pour encadrer l’IA. Traduction : un comité de gens très sérieux, très sages, et surtout très éloignés des réalités du terrain, qui décideront ce qui est bon pour nous. Comme si les progrès des deux derniers siècles venaient des académies et non… des gens ordinaires qui bricolent dans leur garage.


2. Palantir : « enrôlons l’IA, au nom de la patrie »

De l’autre côté de l’Atlantique, Palantir, spécialiste de la surveillance de masse et ami des agences de renseignement, nous sort son propre manifeste. L’IA ? Une arme de guerre. Et comme toute arme de guerre, elle doit être contrôlée par l’État (et accessoirement, par Palantir).

  • Le devoir patriotique des ingénieurs : selon Palantir, les développeurs d’IA ont une dette morale envers leur pays. Traduction : « Donnez-nous vos algorithmes, et on s’occupera du reste. »
  • La guerre des civilisations 2.0 : le manifeste oppose les cultures « supérieures » (les leurs, bien sûr) aux autres, « régressives ». Un classique du discours technocratique : « On est les bons, les autres sont les méchants. »
  • Le retour de la religion et du service national : parce que rien ne va mieux avec l’IA qu’une bonne dose de nationalisme et de piété.

Le vrai problème : Palantir veut une autorité séculière pour encadrer l’IA. Traduction : un comité de gens en costume-cravate, très patriotes, très bien payés, et surtout très intéressés par les contrats publics. Comme si l’innovation naissait des bureaux climatisés et non… des gens qui bidouillent dans leur chambre.


3. Le refus de l’ordinaire : ou comment on nous vole notre jouet

Le plus drôle (ou le plus tragique, c’est selon), c’est que ces deux textes, aussi opposés qu’ils semblent, se rejoignent sur un point essentiel : l’IA est trop importante pour être laissée aux mains du peuple.

  • Les Papes : « Il faut des prêtres pour guider l’humanité. »
  • Palantir : « Il faut des généraux pour protéger la civilisation. »
  • Nous : « Et si on essayait, tout simplement ? »

Le paradoxe : ces deux visions, l’une moralisatrice, l’autre militariste, partent du même postulat : les gens ordinaires sont trop bêtes pour savoir ce qui est bon pour eux.

Sauf que… c’est faux.

  • Les progrès technologiques ne sont pas nés dans les laboratoires secrets ou les conclaves Vaticanes. Ils sont nés dans les garages, les ateliers, les chambres d’étudiants.
  • L’IA n’est pas une menace parce qu’elle est trop puissante. Elle est une menace parce qu’on veut la réserver à une élite.
  • Le vrai danger, ce n’est pas que l’IA nous échappe. C’est qu’on nous l’interdise.

4. La vraie solution : rendre l’IA aux gens ordinaires

Alors, que faire ? Rien. Ou plutôt : laisser faire.

  • L’IA est un outil, pas une religion : elle n’a pas besoin de prêtres pour l’exorciser, ni de généraux pour la commander. Elle a besoin de bricoleurs, de rêveurs, de bidouilleurs.
  • Le pluralisme, pas le contrôle : la meilleure façon de garantir que l’IA serve l’humanité, c’est de laisser des millions de gens l’utiliser, l’adapter, l’améliorer. Pas de la confier à une poignée de gardiens auto-proclamés.
  • L’innovation naît du chaos : les grandes avancées ne viennent pas des plans quinquennaux, mais des essais, des erreurs, des hasards.

Exemple concret : aujourd’hui, un développeur isolé peut entraîner un modèle d’IA dans son salon. Demain, si les Papes et Palantir passent, il faudra une autorisation morale ou un brevet patriotique. Et devinez qui en profitera ? Pas vous.


Conclusion : l’IA, c’est notre tour de jouer

Les Papes et Palantir ont un point commun : ils ont peur. Peur que l’IA ne leur échappe. Peur que le peuple ne s’en empare. Peur, surtout, de perdre leur pouvoir.

Mais l’histoire nous a appris une chose : les révolutions technologiques ne s’arrêtent pas. Elles se démocratisent. L’imprimerie a échappé aux Églises. Internet a échappé aux États. L’IA échappera aux clergés, qu’ils soient en soutane ou en costume.

Alors, au lieu de chercher à la contrôler, apprenons à danser avec elle. Au lieu de la craindre, utilisons-la. Au lieu de la réserver à une élite, donnons-la à tous.

Parce que l’IA, ce n’est pas une arme. Ce n’est pas une menace. C’est un jouet. Et comme tout jouet, elle est faite pour être partagée.


Par Jack REACHER, citoyen ordinaire et fier de l’être.

Share this content: