Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 202 – L’engagement 2.0 : rejoignez le réseau, recrutez vos collègues, sauvez le monde (et payez votre cotisation)
Vous connaissez le principe du marketing de réseau : on vous vend un rêve, un kit de départ, et surtout l’idée géniale de recruter dix personnes en dessous de vous pour toucher enfin votre part du gâteau. Étrangement, en observant certaines sections syndicales (mais pas que) ces dernières années, le schéma paraît… familier.
Bienvenue dans le « réseau »
Fini le tract austère collé sur la machine à café. Place au kit de bienvenue coloré, au badge « allié » à afficher sur son sac, et à la story Instagram qui explique pourquoi rejoindre le mouvement, c’est « prendre soin de soi ET de la planète ». La cotisation, elle, ressemble furieusement au « pack de démarrage » qu’on vous vend en MLM : on adhère moins pour la convention collective que pour l’appartenance à une communauté qui se sent bien Il ne faut juste pas gratter le vernis !).
Le recrutement, nerf de la guerre
Dans un MLM classique, votre revenu dépend du nombre de filleuls que vous ramenez. Dans certaines sections syndicales version 2.0, l’indicateur de succès semble glisser du même côté : moins de négociations salariales concrètes, plus de « sensibilisation » à recruter le maximum de nouveaux adhérents convaincus par le discours identitaire du moment. Le tableau Excel des cotisations a remplacé le tableau des acquis sociaux obtenus.
Le storytelling avant le rapport de force
Un bon vendeur MLM ne parle jamais de son produit, il parle de « transformation personnelle ». De la même manière, le débat sur les heures supplémentaires ou la pénibilité au travail cède parfois la place à des éditos sur le langage inclusif ou la charte de bonnes pratiques woke du CSE. Le combat de classe se dilue dans le combat de discours, plus vendeur sur les réseaux sociaux, nettement moins efficace à la table des négociations.
Et la base dans tout ça ?
Comme dans tout système pyramidal, ce sont les niveaux du bas — l’ouvrier posté, la caissière, l’intérimaire — qui financent la structure sans jamais voir la couleur du « bonus leadership ». Pendant que les porte-voix médiatiques du mouvement décrochent tribunes et plateaux télé, le salarié lambda attend toujours sa prime de fin d’année.
Conclusion (à prendre avec le sourire, mais pas que)
Bien sûr, la comparaison est volontairement grossière et provocatrice — un syndicat n’est pas une martingale financière, et quelques militants syndicaux se battent sincèrement, tous les jours, sur des dossiers concrets et souvent ingrats (mais bon, ça ne semble pas être le cas de ceux que je connais…). Mais l’ironie a parfois du bon : elle pointe une vraie fatigue de terrain, celle de salariés qui aimeraient que leur cotisation finance davantage de négociations salariales et un peu moins de communication militante déconnectée de leur quotidien et qui ne servent, uniquement, qu’à câliner l’égo de quelques uns.
Article satirique. Toute ressemblance avec des organisations existantes est bien sûr volontaire, mais l’outrance fait partie du genre.
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