Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 238 – La bienveillance sélective : l’art de juger sans jamais assumer
On nous répète partout : « Ne juge personne. Chacun a sa vie, chacun a ses raisons. » Magnifique principe, noble, universel, presque spirituel. Le genre de phrase qu’on imprime sur des mugs, des tote bags et des posters de yoga.
Mais dans la vraie vie, on dirait que certains ont transformé cette maxime en sport national : ne juger personne… sauf tout le monde.
Ah, les fameux “bienveillants”. Ceux qui prêchent l’amour, la tolérance, l’ouverture, la douceur, la compréhension… Mais qui, dès qu’ils croisent quelqu’un qui ne rentre pas dans leur grille de lecture, dégainent le jugement plus vite qu’un cow-boy en plein soleil.
Ils te disent : « Ne juge pas, c’est mal. » Puis, dans la même minute : « Mais toi, par contre, tu devrais vraiment revoir ta façon de penser. »
C’est fascinant. On dirait qu’ils ont inventé une bienveillance à géométrie variable, une bienveillance sélective, une bienveillance de vitrine. La version “premium”, réservée à ceux qui pensent comme eux, parlent comme eux, vivent comme eux.
Et quand tu leur fais remarquer la contradiction, ils ne te répondent pas : par pudeur, sans doute ! La pudeur, bien sûr. Cette formidable excuse qui permet de cacher les jugements sous un tapis de bons sentiments.
Finalement, on peut se demander si leur mantra “ne jugeons personne” n’est pas simplement une manière élégante de dire : « Ne me jugez pas, moi. Les autres, c’est différent. »
Parce que dans les faits, ils jugent tout le temps. Ils jugent les comportements, les opinions, les choix, les silences, les hésitations… Ils jugent même les gens qui ne jugent pas assez.
Et tout ça, évidemment, au nom de la bienveillance. La bienveillance… mais version “club privé”.
Alors oui, chacun a sa vie, chacun a ses raisons. Mais certains ont surtout des raisons très pratiques pour cacher leurs jugements derrière des discours de douceur. Ça évite d’assumer. Ça évite de se regarder dans le miroir. Et ça permet de continuer à juger en paix, sans jamais passer pour le méchant.
Ironique, non ? La bienveillance qui juge plus que les juges. La tolérance qui tolère tout… sauf ce qui la dérange. Le monde est décidément plein de surprises.
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