Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 244 – Les pleureuses de la vertu et leurs jumeaux en costume de propagande
Ils ont la larme facile et le sens du grand discours. Toujours prêts à brandir la morale comme un trophée, à s’indigner à haute voix et à se poser en victimes d’attaques imaginaires. Les moralisateurs ont inventé l’art du sanglot public, la posture du cœur brisé en prime time, et la rhétorique du « on m’attaque » en boucle.
Mais si l’on gratte un peu la peinture, si l’on regarde derrière le rideau des grandes déclarations, on découvre un spectacle étonnamment familier. De l’autre côté du miroir, les propagandistes — ceux qu’on accuse volontiers de tous les maux — utilisent exactement les mêmes recettes : dramatisation, simplification outrancière, et surtout ciblage des esprits les plus faciles à convaincre. Résultat ? Deux équipes qui se renvoient la balle en se proclamant vertueuses, alors qu’elles partagent le même manuel de manipulation.
Regardez l’illustration : un couloir coupé en deux, d’un côté la fureur rouge et les mégaphones, de l’autre la lumière douce et les halos de vertu. Les affiches changent de vocabulaire mais pas de stratégie. Désinformation, mise en scène, exploitation des faiblesses — les mots varient, la mécanique reste la même. Et au milieu, les mougeons crédules, hypnotisés par le spectacle, avalent la soupe servie par les deux camps.
Ce qui est délicieux, si l’on peut dire, c’est la gourmandise affichée. Plus la cible paraît faible, isolée, ou naïve, plus le plaisir est grand. C’est un jeu de masques : on se drape dans la vertu pour mieux tirer les ficelles, on pleure pour mieux manipuler, on accuse pour mieux détourner l’attention. La morale devient un costume, la compassion un accessoire, et la vérité un simple outil de décor.
Alors, qui manipule qui ? La question n’est pas seulement rhétorique. Elle oblige à regarder au-delà des larmes et des slogans, à interroger les méthodes plutôt que les postures. Quand la dénonciation ressemble à la pratique qu’elle prétend combattre, il est temps de se méfier des deux bords. Refuser d’être un mougeon crédule, c’est commencer par exiger la cohérence entre les mots et les actes.
En attendant, on peut sourire — jaune — devant ce grand théâtre où les moralisateurs et les propagandistes se renvoient la vedette. Ils se disputent le rôle du « gentil » tout en partageant la même passion : manipuler l’opinion pour mieux se mettre en scène. Et pendant ce temps, les vrais débats se perdent dans le vacarme.
Conclusion La vertu en vitrine et la propagande en coulisses, c’est la même pièce. À nous de ne pas applaudir aveuglément.
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