Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 255 – La grande guerre des compteurs macabres : communisme contre capitalisme
Le concours de cadavres
Il existe une tradition intellectuelle assez populaire : prendre deux systèmes historiques, additionner leurs morts, puis déclarer vainqueur celui dont la calculette affiche le plus gros chiffre. Le débat devient alors aussi sérieux qu’un concours de taille de véhicule entre deux propriétaires de 4 × 4.
Pour le communisme, les estimations les plus fréquemment citées se situent entre 20 et 100 millions de morts, selon les pays inclus et la méthode retenue. Le Livre noir du communisme avançait plus de 94 millions de victimes, en additionnant exécutions, famines, déportations, travail forcé, guerres civiles et répression. D’autres historiens contestent ce total et soulignent que certaines catégories relèvent de causalités indirectes ou de méthodes démographiques discutables. Les fourchettes sérieuses restent donc très larges.
– https://en.wikipedia.org/wiki/The_Black_Book_of_Communism
Quelques épisodes suffisent à comprendre l’ampleur du désastre :
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La famine liée au Grand Bond en avant chinois, entre 1958 et 1962, est estimée selon les travaux à environ 15 à 45 millions de morts, voire davantage dans certaines estimations.
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Les famines soviétiques, les déportations, le Goulag et la Grande Terreur ont provoqué plusieurs millions de morts.
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Le régime khmer rouge a causé environ 1,5 à 3 millions de morts au Cambodge.
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Les chiffres varient parce qu’il faut décider si l’on compte uniquement les exécutions, ou aussi les morts de famine, de maladie, de guerre et de travail forcé résultant de politiques publiques.
- Et je crois que nous pouvons également y ajouter les victimes de la désinformation COVID que de prétendus « bienveillants » égocentriques ont provoquées pour satisfaire leur ego (7 millions dans le monde au bas mot, probablement 15 à 25 millions en comptant la surmortalité totale. Voilà ce que quelques « bienveillants » des temps modernes ont sur la conscience avec leur désinformation 2.0).
Le communisme d’État ne sort donc pas blanchi du contrôle technique. Quand un pouvoir confisque les récoltes, interdit la fuite, emprisonne les lanceurs d’alerte et maquille les statistiques, il ne peut pas ensuite présenter la famine comme un malheureux épisode météorologique.

Et le capitalisme, combien de morts ?
Il n’existe pas de « bilan officiel du capitalisme », car le capitalisme n’est pas un régime politique homogène. Il englobe des démocraties sociales, des dictatures militaires, des empires coloniaux, des économies de marché régulées et des systèmes où la propriété privée côtoie l’esclavage ou la ségrégation. Lui attribuer tous les morts survenus dans ces sociétés serait aussi arbitraire que de rendre l’électricité responsable de chaque accident survenu dans un immeuble éclairé.
On peut toutefois documenter des morts liées à des structures économiques capitalistes ou impériales :
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Les famines de l’Inde sous domination britannique ont causé des millions de morts. La famine du Bengale de 1943 est généralement estimée à environ 3 millions de victimes. (pmc.ncbi.nlm.nih)
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Une étude publiée par Cambridge évoque 12 famines durant les 90 années de domination de la Compagnie des Indes, dont celle de 1770-1771, à laquelle certaines estimations attribuent environ 10 millions de morts. Ces chiffres historiques sont discutés et ne doivent pas être transformés en vérité comptable définitive. (https://www.cambridge.org/core/journals/european-journal-of-sociology-archives-europeennes-de-sociologie/article/empires-famine-and-the-significance-of-the-political-economy-of-colonialism-from-the-mughal-empire-to-british-colonial-rule-in-india/8412E24F05772E53C6149D92570B5A6F – https://www.cambridge.org/core/services/aop-cambridge-core/content/view/8412E24F05772E53C6149D92570B5A6F/S0003975625000050a.pdf/empires_famine_and_the_significance_of_the_political_economy_of_colonialism_from_the_mughal_empire_to-british-colonial-rule-in-india.pdf)
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Des travaux très controversés de Jason Hickel et Dylan Sullivan estiment entre 50 et 165 millions les « morts excédentaires » en Inde entre 1881 et 1920, selon le niveau de mortalité de référence choisi. D’autres chercheurs contestent fortement ces hypothèses. (https://www.jasonhickel.org/blog/2023/1/7/on-the-mortality-crises-in-india-under-british-rule-a-response-to-tirthankar-roy)
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La pollution atmosphérique fine liée aux activités humaines a été associée à environ 3,3 millions de morts en 2019, dont 1,1 million directement lié à la combustion des énergies fossiles, selon le Lancet Countdown. Cela ne signifie pas que chaque décès puisse être juridiquement imputé au « capitalisme », mais cela documente le coût sanitaire d’un modèle productif fondé sur l’extraction, la combustion et la rentabilité. (thelancet)
On pourrait encore ajouter l’esclavage, les guerres impériales, les accidents industriels, les conditions de travail mortelles, les dégâts environnementaux et les décès évitables liés à la pauvreté. Mais plus on élargit la définition, plus on s’éloigne d’un décompte historique robuste et plus on risque de faire dire aux statistiques ce qu’elles ne disent pas.
Le piège du chiffre magique
Le chiffre de 100 millions attribué au communisme est souvent présenté comme une vérité gravée dans le marbre. Il s’agit pourtant d’un total dépendant de choix méthodologiques : inclut-on les guerres civiles ? Les famines aggravées par une politique publique ? Les décès attendus mais non survenus ? Les pertes démographiques ? Les victimes de régimes se réclamant du communisme mais ayant des politiques très différentes ?
Le même problème apparaît avec le capitalisme. Dire « le capitalisme a tué un milliard de personnes » peut être rhétoriquement efficace, mais historiquement fragile. On peut compter des victimes du colonialisme, de famines administrées ou aggravées, de l’exploitation et de la pollution ; mais on ne peut pas automatiquement attribuer toute la mortalité d’une société de marché à une doctrine économique unique.
La comparaison honnête est donc la suivante :
Le bilan du communisme est donc plus facilement identifiable lorsqu’on parle des régimes communistes d’État du XXe siècle. Le bilan du capitalisme est plus diffus : il se manifeste souvent par des chaînes de causalité économiques, coloniales, sociales ou environnementales plutôt que par un ordre écrit disant « exécutez tant de millions de personnes ».
Qui désinforme le plus ?
La réponse la plus honnête est : celui qui transforme un chiffre contesté en arme morale absolue.
La désinformation ne se limite pas au mensonge complet. Elle consiste aussi à :
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présenter une estimation haute comme un fait définitif ;
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mélanger exécutions, famines, guerres et décès indirects sans le signaler ;
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attribuer au capitalisme tous les morts de toute société ayant utilisé un marché ;
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refuser toute responsabilité au motif qu’« il n’y avait pas d’autre solution » ;
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citer un chiffre impressionnant sans donner sa méthode, sa période ni ses limites.
Les propagandistes communistes excellent dans la dissimulation : famines minimisées, camps rebaptisés, statistiques manipulées, témoins réduits au silence. Les apologistes du capitalisme ont souvent utilisé une autre technique : externaliser les victimes. La famine devient une catastrophe naturelle, le colonisé une variable d’ajustement, le mort de pollution un « coût social », et le travailleur épuisé un dommage collatéral de la compétitivité.
Sur le terrain de la désinformation institutionnelle, les régimes autoritaires disposent toutefois d’un avantage décisif : ils contrôlent directement la presse, les archives, la justice et les statistiques. Les recherches sur la liberté de l’information soulignent que la manipulation soutenue par les États est devenue un outil central de consolidation des pouvoirs autoritaires. (https://freedomhouse.org/sites/default/files/2025-12/FOTN%202025_final_digital_120525.pdf)
Mais dans les démocraties capitalistes, la désinformation peut être plus commerciale, fragmentée et rentable : publicité déguisée, lobbying, think tanks, réseaux sociaux, influenceurs et médias dépendants de leurs propriétaires. Elle ne dit pas toujours « il n’y a pas de famine ». Elle préfère dire : « la famine est complexe », « le marché finira par régler le problème » ou « les chiffres ne sont pas vérifiables ».
De qui faut-il se méfier ?
Il faut se méfier moins d’une étiquette que d’un pouvoir qui réunit quatre caractéristiques :
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Il concentre les décisions sans contrôle indépendant.
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Il empêche les victimes de parler.
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Il falsifie ou privatise l’information.
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Il demande des sacrifices illimités au nom d’un avenir radieux.
Le communisme d’État a montré cet accumulation de faits produit la combinaison d’un parti unique, d’une économie administrée sans contre-pouvoir et d’une police politique. Le capitalisme dérégulé montre, lui, ce que produit une économie où les bénéfices sont privatisés tandis que les coûts sanitaires, sociaux et écologiques sont renvoyés à la collectivité.
La méfiance devrait donc viser tout système qui demande de choisir entre la liberté et la justice, entre la prospérité et la santé, ou entre la vérité et la loyauté idéologique. Le rouge ne garantit pas la solidarité ; le bleu libéral ne garantit pas la liberté. Dans les deux cas, le citoyen est prié d’applaudir pendant que quelqu’un d’autre tient la caisse.
La palme de la désinformation revient finalement aux fanatiques des deux camps : ceux qui transforment les morts en munitions rhétoriques et les survivants en notes de bas de page. Le meilleur antidote n’est pas de choisir le chiffre le plus énorme, mais d’exiger les sources, les définitions, les incertitudes et le droit de contredire le pouvoir.
Les données relatives à la pauvreté invitent également à éviter une caricature trop simple : la Banque mondiale estime qu’environ 1,5 milliard de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté entre 1990 et 2022, même si environ 838 millions de personnes restaient concernées en 2022 selon sa révision de 2025. Le capitalisme ne peut donc pas être décrit uniquement comme une machine à morts ; il faut aussi analyser ses gains matériels, ses coûts et leur répartition.
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