Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 272 – 60 000 policiers, mais pas assez pour regarder ailleurs : la loi à géométrie variable

Chapeau bas aux vérificateurs de chiffres : le fameux « 10 000 policiers déployés le 17 octobre » est une légende urbaine politique. Le ministère de l’Intérieur a fini par avouer qu’environ 60 000 policiers et gendarmes étaient mobilisés dans toute la France. Six fois plus. Mais bon, quand on veut faire une jolie phrase contre le ministre, pourquoi s’embarrasser d’un calcul ? TF1 Info

Le chiffre a été repris avec enthousiasme par Jean-Luc Mélenchon, première tête pensante de LFI et candidat perpétuel à la présidentielle, visiblement pressé de courir après sa ration hebdomadaire de câlinothérapie médiatique. Pendant que les vitrines sautaient et que les camions de livraison se vidaient, il a trouvé le temps de comparer les effectifs de la manifestation à ceux de la venue du pape. Priorités, quand même : la République brûle, mais l’essentiel est de bien placer sa punchline.

Et côté gouvernement ? Pas mieux. Le ministre de l’Intérieur a découvert, après coup, le concept de « perte de contrôle ». Il avait prévu 200 000 manifestants ; il y en a eu 550 000 selon ses propres services. Avec 60 000 agents, dont environ 4 000 à 5 000 à Paris, il a confié la sécurité du pays à une boule de cristal. Résultat : pillages, voitures calcinées, commerces saccagés. France 24

Décidément, il n’y en a pas un pour racheter l’autre dans ce domaine. D’un côté, un exécutif qui prévoit la moitié de la réalité et s’étonne ensuite que la réalité ne rentre pas dans ses effectifs. De l’autre, une opposition qui confond vérification des faits et monologue de tribune, plus pressée de réclamer sa dose de câlins médiatiques que de donner une analyse sérieuse.

Mais il y a plus ironique encore : ces services censés incarner la loi et l’ordre savent, pourtant, se montrer d’une énergie remarquable lorsqu’il faut encadrer une manif d’honnêtes citoyens. Mais pour de véritables voyous ils « gazoyent » et  interpellent les moins aguerri à ces pratiques. Reste, qu’en revanche, dès qu’une affaire touche quelques « grands », quelques « illustres » prétendus défenseurs de la veuve et de l’orphelin, de la Ripouxblique, la machine se met soudain au ralenti. Les procédures s’allongent, les expertises se multiplient, les avocats s’activent, les dossiers s’endorment dans des armoires climatisées.

Le citoyen lambda, lui, n’a généralement pas besoin d’attendre des années pour qu’on s’intéresse à son cas : contrôle, verbalisation, poursuite, parfois exécution immédiate. Mais quand le mis en cause porte un beau costume, fréquente les bons salons ou se présente en sauveur public, la justice devient soudainement patiente, prudente, respectueuse des « complexités » du dossier.

Alors oui : 60 000 policiers pour la rue, c’est beaucoup. Mais la question n’est pas seulement le nombre d’uniformes mobilisés un samedi. C’est de savoir pourquoi la même Ripouxblique, si prompte à réprimer le désordre populaire, paraît tellement moins empressée à regarder en face certains désordres bien plus confortablement installés.

Entre les chiffres approximatifs, les prévisions approximatives et les responsabilités approximatives, on comprend pourquoi les Français ont l’impression d’être les seuls à payer l’addition — en vitrines, en impôts et en tranquillité.

Share this content: