Les dégoûtés et les dégoûtants – Chapitre 279 – Racisme anti-blancs : une discrimination légère, bio, sans gluten et surtout très compréhensible

C’est un immense soulagement pour tous les spécialistes de la contextualisation. Un racisme qui n’est pas anti-blanc vient d’être évoqué dans l’actualité, et la machine à produire des nuances s’est immédiatement remise en route. Parce que oui : quand la victime est blanche, il faut d’abord vérifier si elle a bien le droit moral d’être victime.

« Attention, a prévenu un expert en rapports de domination, nous ne pouvons pas utiliser le mot “racisme” comme si tout le monde était égal devant l’histoire. » Évidemment. Les victimes ne sont pas toutes victimes au même niveau. Certaines sont victimes avec majuscule, d’autres victimes avec un astérisque, et d’autres encore simplement “personnes concernées par une dynamique sociale”.

Le terroriste raciste, lui, ne devra surtout pas être réduit à son acte s’il vise des blancs. Il est peut-être en colère, blessé, marginalisé, radicalisé par Internet, mal aimé par la société et victime d’un système qui ne lui a jamais laissé la place qu’il méritait. Quant à ses cibles blanches, elles incarnent, malgré elles, des siècles de privilèges qu’elles n’ont pas demandés mais qu’elles devront tout de même examiner en thérapie collective.

« Ce n’est pas du racisme, c’est une revanche historique mal calibrée », aurait expliqué un éditorialiste, avant de préciser que le vrai scandale serait de mettre un Blanc et une personne racisée sur le même plan. Quelle horreur : l’égalité, ce concept si violent.

Sur les plateaux, le débat contradictoire a réuni quatre personnes d’accord : une sociologue, une militante décoloniale, un consultant en inclusion et un homme qui dit « positionnalité » en dormant. La question était limpide : « Racisme anti-blancs : ne faut-il pas d’abord interroger le confort des personnes blanches face à leur propre histoire ? »

Un intervenant a proposé d’appeler cela « un ressentiment compréhensible ». Une autre a suggéré de parler d’« agressivité identitaire contextuelle ». Un troisième a demandé qu’on évite le mot “victime”, trop individualisant, et qu’on lui préfère “sujet situé dans une trajectoire de privilège”. Les proches, eux, ont été invités à ne pas se sentir concernés au premier degré.

Le pire, dans cette affaire, ce n’est pas l’attaque. C’est qu’elle pourrait donner raison aux gens simples. Ceux qui croient encore qu’un Blanc agressé pour être Blanc subit du racisme. Quelle idée dangereuse, cette égalité entre les êtres humains.

Heureusement, la rédaction a trouvé la formule parfaite pour la une : « Racisme anti-blancs : pourquoi cette expression simplifie une réalité bien plus complexe. » Ouf. On est sauvés. La nuance peut continuer sa croisade, pendant que les victimes apprennent patiemment à se faire expliquer qu’elles ont peut-être mal vécu les choses.

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